Pertes, moisissures, mycotoxines… La période estivale rend difficile la bonne conservation des fourrages dans les silos. « À chaque fois que 5 °C de température sont gagnés, la vitesse de développement bactérien se trouve doublée, explique Yann Martinot, directeur technique de l’entreprise de conseil en élevage Elv’up. L’échauffement, souvent constaté sur le front d’attaque, indique que le fourrage n’est plus stable, et que des micro-organismes indésirables se développent à grande vitesse. »

La chaleur qui se dissipe représente une perte d’énergie, donc de valeur alimentaire, de l’ordre de 2 à 4 % de matière sèche (MS) par jour sur la partie concernée. À cela s’ajoutent l’émergence de champignons et la production de mycotoxines, susceptibles d’engendrer d’autres problèmes, à commencer par une baisse de l’ingestion.

Pour limiter le risque d’échauffement d’un silo ouvert en période estivale, plusieurs mesures sont à prendre dès la confection. Un silo d’été devrait être constitué des fourrages les moins secs, en visant 32 à 35 % de taux de matière sèche pour un maïs. Ceux dépassant 40 % de MS doivent être broyés suffisamment fin pour limiter la quantité d’air emprisonnée dans le silo.

Chasser l’air

Le soin accordé au tassage, notamment en respectant les normes de poids des outils par rapport au débit de chantier, a encore plus d’importance pour les silos d’été. « L’objectif est de se situer entre 20 et 30 % de porosité et ne pas dépasser 40 %. Sur le terrain, certains silos montent jusqu’à 50 %, et sont de véritables petites bombes », note le directeur technique d’Elv’up.

En effet, au début de la mise en fermentation du silo, l’oxygène de l’air est consommé par des bactéries, champignons et levures aérobies (qui consomment l’oxygène) indésirables dans un silo. Plus il y a d’air au départ, et plus il se constitue un stock important de ces micro-organismes prêts à se réactiver à l’ouverture en présence d’oxygène.

La présence importante d’air rend le front d’attaque poreux, favorisant la circulation d’oxygène. Par conséquent, il est toujours nécessaire de bien lester la bâche au-dessus de celui-ci, et d’utiliser dès le départ une bâche fine, imperméable à l’oxygène. Par ailleurs, le déplacement d’un silo est très risqué, car il relance une fermentation en présence d’oxygène. « Si l’opération est indispensable, il convient de l’anticiper et de la réaliser, dans la mesure du possible, à une température extérieure inférieure à 10 °C », ajoute Yann Martinot.

Désiler à la fraîche le matin ou le soir permet de mettre toutes les chances de son côté. Réaliser deux repas par jour pour limiter le contact avec l’air serait la solution idéale. Cela induit cependant une organisation assez lourde au quotidien, notamment dans le cas des rations mélangées.

Alexis Dufumier

L’expert
« Soigner la reprise du silo »

« La reprise de l’ensilage à la griffe est un facteur de risque. Il convient de ne pas déstructurer le front d’attaque. L’utilisation d’une fraise est la solution préconisée. L’été, l’avancement du silo doit se faire idéalement de 20 à 30 cm à l’endroit de la « prise », en repassant au minimum tous les deux jours à ce même endroit. L’orientation du silo avec front d’attaque au nord est à privilégier. Il est conseillé, si possible, de profiter de l’ombrage procuré par l’environnement. »

Yann Martinot, directeur technique chez Elv’up