Traire matin et soir est la principale astreinte en élevage laitier. « Quel éleveur n’a jamais songé à sauter une traite ? Certains franchissent le pas pour gagner en souplesse d’organisation et réduire l’astreinte, explique Guylaine Trou, de la chambre d’agriculture de Bretagne. Cela peut aussi être un outil pour gérer les livraisons et la reproduction, puisque la monotraite écrête les pics de production. »

1. Anticiper son projet

« Avant de démarrer, il est important de déterminer à quelle période de l’année on souhaite se dégager du temps. Il faut ensuite calculer l’augmentation possible des effectifs, en guise de compensation, à moindre coût. Cela dépend des places en bâtiment et de la quantité de fourrages disponible. La monotraite peut entraîner une diminution de la surface accessible », détaille Guylaine Trou.

2. Des livraisons en repli

Cette pratique conduit à une augmentation des taux, qui se répercute sur le prix du lait. Mais si la baisse de la production par vache n’est pas compensée par une hausse des effectifs, un recul des livraisons est à prévoir. Des essais menés à Trévarez (2002-2005) ont montré que le passage à une traite par jour sur toute la lactation induit un recul de 24 % du lait produit, + 2 g/kg de TB et + 2, 4 g/kg de TP. Pour la suppression d’une traite par semaine, l’impact se limite entre - 3 à -  7 %, + 0,5 g/kg de TB et + 0,3 g/kg de TP.

3. Attention aux cellules

« Nous observons souvent une augmentation des comptages cellulaires le mois suivant le passage à la monotraite », signale l’experte. La hausse sera d’autant plus importante que la situation initiale est dégradée. « Pour les vaches en début de lactation, des pertes de lait sont possibles dans les six heures précédant la traite. L’idéal est donc de les faire dormir en pâture, car une litière humide en bâtiment est favorable au développement de pathogènes. Si les animaux ne sortent qu’en journée, il est préférable de traire le soir. Les traitements antibiotiques intramammaires, s’il y en a, doivent être adaptés, en utilisant des produits agissant sur vingt-quatre heures. »

4. Une ration économe

L’herbe pâturée doit être privilégiée et le concentré pourra être réduit, voire supprimé. Les animaux puisent moins dans leurs réserves. L’état corporel est un indicateur à surveiller.

5. Adapter la génétique

Si la monotraite s’inscrit durablement dans le système, l’éleveur peut soulever le levier génétique. « Il est possible de sélectionner les vaches les plus productives, avec une bonne santé mammaire, souligne l’experte. À titre d’exemple, la Nouvelle-Zélande a mis en place un index sur l’aptitude des vaches à la monotraite. »

Isabelle Lejas

L’experte
« Les vaches s’adaptent très vite » Guylaine Trou, chargée d’études à la chambre d’agriculture de la Bretagne

« La monotraite est techniquement possible dans tous les élevages, avec toutes les races de laitières. Bien sûr, l’impact économique varie en fonction de chaque situation. La mise en œuvre peut être immédiate, sans période de transition. La technique est réversible du jour au lendemain, ce qui permet de la tester pendant de courtes périodes. En règle générale, les vaches s’adaptent très vite et parfois presque plus vite que l’éleveur ! En deux ou trois jours, elles n’attendent déjà plus à la barrière. Ce qui compte avant tout, c’est d’être prêt dans sa tête. »