Installé à Sancoins, dans le Cher, Frédéric Saulu ne dispose pas de bâtiment pour héberger ses 480 brebis. Elles rentrent seulement quelques jours lors des agnelages, en avril. Le reste du temps, les ovins pâturent 37 ha de prairies permanentes. « Ce n’est pas assez par rapport au nombre d’animaux. J’ajoute donc du foin et du concentré », explique l’éleveur.

Le manque de fourrages, à la suite des sécheresses à répétition, incite Frédéric à se tourner vers des céréaliers. Par l’intermédiaire du syndicat ovin, il rencontre en 2017 Denis Guidoux, un aficionado des cultures associées, qui cherche justement à faire pâturer ses couverts. A 35 km de la commune, une parcelle de 7 ha de maïs sous couvert de trèfle vient d’être moissonnée. Une cinquantaine de brebis s’y nourriront entre début octobre et le 15 novembre.

L’exploitant change régulièrement les bêtes de parcelles. En 2018, elles ont consommé de la luzerne, haute de 60 cm, mélangée à des pousses de colza, du 10 juillet au 10 septembre, ainsi que des repousses de pois au mois d’août. Tous les ans, près de 270 brebis broutent sur 30 ha, jusqu’à la fin novembre.

Clôtures mobiles

Les deux agriculteurs se sont entendus tacitement, sans contrat. Frédéric paie les clôtures et bénéficie de nourriture « gratuite » pour ses ovins. En contrepartie, Denis profite d’une fertilisation naturelle. Chez le céréalier, l’éleveur a choisi une parcelle ombragée et a fait appel à un transporteur pour y convoyer les 220 brebis. Cela lui a coûté environ 200 euros. Une entreprise est venue mettre en place des clôtures mobiles à trois fils électriques, avec des poteaux tous les 20 m. Leur achat a avoisiné 1,50 euro par mètre linéaire, en comptant les piquets et les fils électriques. Pour les 30 ha voués au pâturage, le montant s’est élevé à 700 euros.

« Au total, les frais de clôture tournent autour de 2 000 euros, comportant dans ce prix un jour de travail à deux personnes. Sans oublier le démontage », estime l’éleveur, qui va voir ses animaux tous les deux jours. En outre, il a installé une tonne à eau.

Au niveau de l’alimentation, Frédéric est très satisfait. « Les couverts, surtout le trèfle, sont nettement plus profitables qu’une prairie. Je n’ai pas besoin d’apporter de complément, ce qui revient à économiser 20 à 25 euros par brebis pour six mois. » Il remarque une mise à la reproduction facilitée et une prolificité en progression de 40 à 50 agneaux en deux ans. « Le premier lait est meilleur et les jeunes moutons sont moins malades. » Malheureusement, cette année, les couverts n’ont pas encore levé à cause de la sécheresse. Les deux agriculteurs espèrent une amélioration pour cet hiver.

Aude Richard

L’expert
« Surveiller les animaux tous les jours » Jonathan Sicot, conseiller en ovins pour Agneau Berry Sologne (ABS)

« Le pâturage ne s’improvise pas. L’éleveur doit vérifier l’état de ses bêtes tous les jours. Il est donc préférable que la parcelle se situe à moins de 20 km de l’élevage. Les brebis doivent être éduquées aux clôtures électriques, et le courant sera maintenu assez fort, en vérifiant régulièrement l’état des batteries. Il faut également penser à l’abreuvement. L’été, comptez deux à cinq litres d’eau par jour et par brebis, avec une tonne à eau équipée d’un flotteur.

À l’automne, les couverts apportent l’eau, les brebis boivent très peu. Néanmoins, il est conseillé de laisser un seau rempli et d’observer si les animaux le consomment ou pas. ».