À70 jours, les meilleurs agneaux d’Alban Passet pèsent déjà plus de 45 kg. À la tête d’une troupe de 120 brebis suffolks à Aubencheul-aux-Bois, dans l’Aisne, le jeune exploitant pluriactif (1) fait partie des trente éleveurs sélectionneurs de la race. Les meilleurs agneaux affichent des croissances de 600 g par jour, tandis que la moyenne s’établit à 450 g/j. Ce résultat est le fruit d’une dizaine d’années de travail génétique. La majorité de ses brebis sont qualifiées « mères à béliers » ou « mères à agnelles » (80 %). L’une d’elles, âgée de 7 ans, arbore un index record de 142 en prolificité et 118 en valeur maternelle. « J’ai eu l’opportunité de racheter le troupeau inscrit de mon maître de stage », précise Alban.

Critères analysés

Conserver un niveau élevé de performances demande un travail assidu. Les résultats de pointage ou d’index sont compulsés, afin de réaliser les accouplements raisonnés. « Mon but est de produire des reproducteurs mâles et femelles pour d’autres exploitations, poursuit-il. Ils doivent être dotés de qualités d’élevage (valeurs maternelles, aptitudes à agneler…) et de qualités bouchères (conformation, croissance rapide). Je vise des animaux “équilibrés” et j’essaie de tenir ce cap. »

Avant d’acheter un nouveau bélier, l’éleveur l’observe sous toutes ses coutures. Longueur, largeur et hauteur sont évaluées. « Je vérifie aussi la dentition et les aplombs du jeune mâle. Il doit avoir les moyens de valoriser les fourrages et de répondre au standard de la race. Sa tête doit être d’un noir intense et brillant avec un bon port d’oreilles. » Les index sont passés au crible. Alban accorde beaucoup d’importance aux performances des ascendants. « Mais il m’arrive de choisir un animal issu d’une portée simple, confie-t-il. Je vérifie néanmoins que la production de sa mère sur l’ensemble de sa carrière est correcte (1,7 agneau par portée en moyenne). Une contre-performance est parfois due à un déficit alimentaire (sécheresse) ou un rythme de reproduction soutenu. » L’indice station synthétisant l’ensemble des résultats n’est pas privilégié. L’éleveur préfère analyser les critères un par un (croissance, valeur laitière, gras et conformation…), en visant les valeurs supérieures à 100 pour ceux qu’il souhaite améliorer.

Les béliers choisis sont le plus souvent RDM (recommandés mixtes). Ils sont dotés de performances mixtes (bons résultats individuels de croissance et bonnes ascendances sur les caractères d’élevage). La lutte s’effectue par lot de 25 brebis et 30 % du troupeau est inséminé. Les meilleurs agneaux au sevrage (15 à 20) partent en station de contrôle individuel. À la sortie, l’élite pourra être choisie par le schéma de la race pour une utilisation en insémination. La plupart sont vendus aux enchères. La moyenne des prix de vente des mâles d’Alban pour la reproduction s’affiche à près de 580 € par tête. L’un des fils de sa brebis aux index record, doté d’un phénotype exceptionnel, s’est arraché pour la somme de 1 000 €.

M.-F. M.

(1) Alban Passet est aussi inséminateur.