«Il est beaucoup plus intéressant de travailler sur la sélection génétique, que d’élever des animaux uniquement pour l’abattoir ! » À 25 ans, Gabriel Esch est un passionné d’élevage, et adepte des concours depuis longtemps (1).

En EARL avec son père Denis, à Coume en Moselle, il poursuit le travail de sélection sur le troupeau de 90 mères charolaises et leur suite, engagé par son père. Puis, il y a plusieurs années, ils décident de s’orienter vers la génétique « sans cornes ». « Il existe une demande en Allemagne (l’élevage est à 10 km de la frontière) où l’écornage est depuis quelque temps interdit , explique Denis Esch. En France, les éleveurs sont confrontés à un problème de main-d’œuvre. Ainsi, ils sont intéressés par tout ce qui peut leur économiser du temps, comme éviter l’écornage. »

Toute la reproduction se fait par insémination artificielle (IA), et les animaux sont inscrits au Herd Book charolais depuis 2010. L’élevage est inscrit au schéma de sélection de Charolais Univers, avec 17 mères à taureaux en contrat. Il pratique aussi le transfert d’embryons, en collaboration avec la coopérative d’insémination Elitest. Dans le cadre de sa stratégie « sans cornes », l’EARL utilise des taureaux comme Indou PP ou Imperator PP pour inséminer ses meilleures vaches. Lors des chaleurs, une superovulation est provoquée par injection d’hormone folliculo-stimulante, puis les femelles sont inséminées avec quatre paillettes afin de produire un maximum d’embryons (six en moyenne). Le prélèvement a lieu sept jours après, et le tri des embryons est réalisé sur place grâce à la camionnette-laboratoire d’Elitest. Une partie est réimplantée sur les vaches de l’élevage, et une autre revient à Elitest.

Les veaux sont génotypés à quatre mois par prélèvement de cartilage de l’oreille, afin de déterminer la présence de certains gènes, comme le « sans cornes » ou le culard. Elitest verse une prime de 140 € par veau mâle testé mais non acheté. S’ils sont acquis par la coopérative, en général vers 9-10 mois, les veaux le sont à un prix trois fois supérieurs à celui d’une vente classique. Plusieurs animaux de l’EARL du Escherhoff ont ainsi été vendus. La station d’Épinal a acheté un mâle de 10 mois pour Charolais Univers en août 2016, au prix de 3 100 €. Une femelle a été cédée à 2 200 € à la Ferme de Plesnois, en Moselle (lire encadré ci-dessous). Deux mâles sont en testage dans la Marne et la Nièvre.

25 % du troupeau acère

Désormais, 25 % du troupeau est sans cornes, donc 5 vaches homozygotes. L’objectif de l’EARL est de parvenir à 50 % d’animaux sans cornes dans les dix ans à venir. « Grâce à la génomique, la sélection va être plus rapide, estime Gabriel. Les tests par prélèvement de cartilage vont simplifier, voire faire disparaître les testages sur taureaux, puisque l’on va rechercher les « bons » gènes très tôt. »

Dominique Péronne

(1) Aussi trésorier de l’Association des jeunes éleveurs Charolais Lorraine, et membre du bureau du syndicat charolais.