Depuis le mois de janvier, les vaches laitières du Gaec de la Charbonnière, à Moussey, en Moselle, disposent d’une litière sur sable. Un changement opéré après la visite d’une exploitation en Alsace. « Nous avons fait ce choix pour des raisons économiques, et parce que le sable est antidérapant, même si nous n’avions pas de problèmes de boiteries, explique Kévin Henry, un des associés du Gaec. Il est aussi plus sain, et nous espérons que cela limitera les mammites. Le sable assèche, la boue ne s’accumule pas comme avec une litière classique. »

Sur cette exploitation de 130 hectares, équipée d’un robot de traite, la production annuelle est de 560 000 litres de lait. La productivité des 65 vaches s’élève, en moyenne, à 8 900 litres.

Gain de temps

« Le passage au sable a été possible parce que nous avions déjà des logettes creuses sur terre battue, précise Roger Jeanpert, le second associé du Gaec. Sinon, économiquement et techniquement, la mise en place est compliquée, car elle implique de casser le béton. Il nous a fallu une journée de travail avec la minipelle pour racler les logettes. Nous avons fait venir trois semi-remorques de sable d’une carrière locale. C’est du sable fin, celui qui est utilisé en maçonnerie. » Et Kévin de compléter : « Nous évaluons le coût de revient de l’opération de 1 000 à 1 200 euros. Le prix du sable est de 20 €/t, auquel il faut ajouter celui du gasoil et celui de la main-d’œuvre. »

Par la suite, les deux associés estiment qu’il leur faudra acheter pour 600 à 900 € de sable par an, contre environ 2 000 € pour 150 bottes de paille par an auparavant. « Les volumes à manier sont aussi bien moindres, poursuit-il. Presser la paille, la stocker, faire les litières, évacuer le fumier… Cela représente beaucoup de temps et de main-d’œuvre. Ces postes-là vont être nettement réduits. »

La stabulation, construite en 2011, est équipée d’un système de raclage automatique. Les dépôts de sable se feront au niveau de la jetée du canal d’évacuation. « Nous devrons enlever les dépôts qui se feront inévitablement dans la fosse avec une pelleteuse, une fois par an, précise Roger. Ce sable noir pourra être épandu dans les champs. »

Les vaches n’ont pas eu de difficulté à s’habituer à ce nouveau matériau, que l’on peut imaginer plus « froid ». « C’est ce que je craignais, souligne Kévin. Nous y sommes allés progressivement, et elles se sont rapidement habituées. Le sable est plus confortable, le sol moins dur lorsqu’elles se couchent. »

Dominique Péronne

L’expert
« Un matériau hygiénique »

« Le sable présente un net avantage par rapport à la paille : il sèche rapidement, les vaches sont propres, les effluents, les boues sont vite réabsorbées. Il ne doit pas être calcaire, sous peine de prendre en masse avec l’humidité. Le couchage doit également être prévu dès la construction, car casser le béton pour faire des logettes creuses n’est pas intéressant économiquement. À l’avenir, le sable pourrait toutefois se raréfier, en raison de la forte demande en construction, notamment dans le Moyen-Orient. Pour le moment, en Europe, le sable de carrières est utilisé, et les prix sont encore corrects. »

Arnaud Gresset,responsable du service Conseil lait, chambred’agriculturede la Moselle