Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

« Nos 150 chèvres laitières sont conduites en bio »

réservé aux abonnés

Organisation du travail - « Nos 150 chèvres laitières sont conduites en bio »
Les chèvres, plus habituées à cueillir qu’à brouter, sont peu immunisées face aux strongles. Sans traitement préventif, les éleveurs redoublent de prudence. © A. Courty/GFA

Rares sont les visites du vétérinaire dans l’élevage caprin de Christelle et Laurent. Bio et grand troupeau ne sont pas deux notions incompatibles.

En France, le troupeau moyen de chèvres laitières conduites en bio est de 70 têtes, soit deux fois moins qu’à l’EARL les Deux rivières, dans les Deux-Sèvres. « Dans notre groupe de pâturants, le parasitisme et le changement climatique sont les plus gros freins à la conversion en agriculture biologique, rapporte Christelle Hameury. Au naturel, la chèvre est une cueilleuse, ce qui explique qu’elle soit peu immunisée face aux strongles gastro-intestinaux au sol. »

Contrer le parasitisme

En bio, seuls les traitements curatifs sont autorisés. Certaines astuces permettent d’en prévenir l’utilisation : le pâturage des haies ; la sortie des chevrettes dès trois mois ; la sélection des boucs sur les meilleures lignées de pâturants bio ; un pâturage tournant dynamique, avec fil avant et arrière pour éviter la fréquentation de parcs souillés ; une hauteur d’herbe minimum de 7 cm en sortie ; des fauches régulières ; l’absence de prairies permanentes et un faible chargement des parcelles comme du bâtiment (220 places).

Les producteurs réalisent jusqu’à sept coproscopies par an. Les primipares et les hautes productrices, plus fragiles, sont particulièrement suivies. « Nous participons, avec le Civam, à une étude visant à évaluer l’efficacité du pâturage des plantes à tanin et aromatiques pour déloger les strongles via une variation de pH du tube digestif (1) », ajoute Christelle. Cependant, l’élevage déplore un pic d’infestation annuel fin juin, période où les chèvres doivent raser le sol pour trouver les jeunes pousses. Une petite quarantaine d’animaux sont traités. Pour Laurent Couilleau, son associé, « cibler le traitement permet d’en limiter la résistance ».

Du lait toute l’année

Le désaisonnement de 60 laitières permet d’assurer la fourniture de l’atelier de transformation toute l’année. Les hormones étant interdites en bio, un traitement photopériodique leur est appliqué. « En décembre et janvier, des tubes néons les éclairent de 6 h à 22 h, afin de simuler les jours longs, explique l’éleveuse. L’éclairement est de 200 lux au niveau des yeux. En février, les jours courts déclenchent les chaleurs. Les boucs font le reste. » Seules quelques chevrettes au petit gabarit, de moins de 35 kg, se décalent et rejoignent le second lot.

Au tarissement, aucun traitement n’est administré. C’est un atout certain car les délais d’attente sont doublés en bio. « On ne voit pas souvent le vétérinaire », assure Christelle. « La rareté des produits caprins fait que les éleveurs sont habitués à faire l’impasse, ajoute son associé. La réforme et la sélection naturelle prennent souvent le relais. »

L’augmentation du cheptel n’est pas à l’ordre du jour. « Il faut donner la priorité à l’autonomie alimentaire, notamment en vue du réchauffement climatique, et au moindre chargement des parcelles en raison du parasitisme, conclut Laurent. Plus de lait avec plus de concentrés, ce n’est ni éthique ni pérenne. »

A. Courty

(1) Casdar Fastoche sur les alternatives aux vermifuges.

Une filière confidentielle

D’après l’Agence bio et FranceAgriMer, l’Hexagone comptait 1 045 fermes caprines bio fin 2018, soit 18 % du total. Seulement une petite centaine livrent en laiterie (2 % de la collecte). Leur cheptel moyen est de 70 chèvres, contre 150 tous systèmes confondus. « La gestion du parasitisme et de la reproduction hors saison se complique en bio, explique Benoît Baron, de l’Institut de l’élevage. Il y a aussi un verrou culturel à la conversion de grands troupeaux, la crainte d’essuyer les plâtres. D’autant que le conventionnel recherche encore des producteurs. »

La bio interdit le recours aux hormones et aux traitements vétérinaires préventifs. L’autonomie alimentaire de l’exploitation doit être supérieure à 60 % et les chèvres doivent sortir au minimum 90 jours par an.

En chiffres

• 150 chèvres alpines

• 100 000 litres de lait biologique par an

• 70 % du lait transformé sur place

• 60 chèvres en reproduction désaisonnée

• 40 ha de SAU, dont 24 ha en herbe

• 3,75 UTH

Imprimer Envoyer par mail Commenter
En direct
Afficher toutes les actualités

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !