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Les alternatives à la castration des porcelets

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Croissance. Les porcs entiers croissent plus vite que les castrés, avec une quantité moindre d’aliment. Selon la Cooperl, le gain supplémentaire est, en moyenne, de 4 euros par porc . © CH. Watier

La technique la plus utilisée en France est la production de mâles entiers, moyennant des adaptations dans la conduite (alimentation et génétique).

Couic2018, ça vous dit quelque chose ? Il s’agit de la nouvelle campagne de l’association de protection des animaux Welfarm pour l’interdiction, en 2018, de la castration à vif des porcelets. Vu l’impact de ce type d’initiatives, il est temps de réfléchir aux alternatives. Elles sont limitées, avec des contraintes, mais aussi un effet positif sur les performances zootechniques.

La production de mâles entiers. C’est le choix qu’a fait la Cooperl en 2013, avec désormais plus de 80 % de ses éleveurs qui lui livrent des porcs non castrés (1). Cette option est positive pour les résultats zootechniques. « Les mâles entiers enregistrent de meilleures performances que les castrés, souligne Anne Lacoste, qui pilote le dossier à la Cooperl. L’efficacité alimentaire est améliorée, avec un indice de consommation plus faible.» Le taux de muscle est plus élevé, donc la viande est moins grasse. 

Un écart de 4 € par porc

« Un porc entier est moins goulu, prévient-elle. L’éleveur doit donc lui apporter des aliments plus appétants, et rester attentif à son comportement alimentaire. » Au total, il ingère moins qu’un castré. La Cooperl a donc revu ses formulations pour les enrichir, en vitamines et minéraux notamment, ce qui renchérit le coût de l’aliment. Cependant, il pousse plus vite. Sur une même durée, le poids carcasse est supérieur de plus de 2 kg à celui d’un mâle castré. Au bout du compte, l’animal nécessite une quantité moindre d’aliments pour un même poids, avec une carcasse plus maigre, mieux payée. L’éleveur empoche 4 € de plus par porc (soit 8 € par mâle).

Le point noir, c’est le risque d’odeur de verrat à la cuisson de la viande. L’identification des carcasses odorantes (2 à 5 % ) se fait à l’abattoir par des « nez humains », des salariés formés à cette détection. Ils reniflent l’odeur dégagée après avoir chauffé le gras de la carcasse. Les pièces non-conformes sont écartées et orientées vers des circuits spécifiques.

La vaccination. Il s’agit d’une immunocastration : le vaccin bloque la production des hormones responsables de l’odeur de verrat, et facilite leur élimination. Cette solution nécessite deux injections : à 10-16 semaines d’âge, puis 6 à 8 semaines avant abattage. Elle est peu utilisée en France.

L’anesthésie et l’analgésie. Du fait de son coût, l’anesthésie est peu intéressante. Quant à l’analgésie, elle doit être administrée en amont pour agir lors de l’opération.

Un abattage précoce avant que les caractères sexuels, dont l’odeur, se développent. C’est le cas de l’Espagne. Mais les carcasses de 80 kg ne sont pas adaptées à la filière française.

Elsa Casalegno

(1) L’arrêt de la castration figure dans son cahier des charges « Porc bien-être ».

Adapter la conduite d’élevage

Pour limiter l’odeur de verrat des carcasses, trois pistes existent :

La sélection génétique. Elle peut jouer sur la sécrétion d’androsténone, liée à la maturité sexuelle. Ce caractère possède une héritabilité relativement élevée. Il existe des races « à risque », plus odorantes, notamment les races chinoises. La Cooperl prend ce caractère en compte lors du testage des futurs reproducteurs, même s’il n’est pas indexé. La coopérative propose ainsi à ses éleveurs des mâles « faiblement odorants ». Les pays d’Europe du Nord font de même.

L’alimentation. « La teneur en scatol dépend du régime alimentaire, indique Patrick Chevillon, de l’Ifip-Institut du porc. Afin d’en limiter la synthèse, il doit contenir davantage de fibres qu’un régime classique. »

L’hygiène. Des salles propres réduisent l’odeur de scatol.

Deux molécules en cause

L’androsténone. Cette phéromone sexuelle synthétisée dans les testicules et les glandes salivaires est stockée dans le gras.

Le scatol. Ce composé organique est produit par la flore du gros intestin, avant d’être dégradé par le foie. Mais cette dégradation est moins efficace chez le mâle entier.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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