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« L’épeautre a remplacé l’aliment complet dans la ration des bovins »

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« L’épeautre est distribué aux veaux entier, avec ses glumes, jusqu’à quatre mois », précise Jean-Yves Chaumont. © A. Brehier

À l’EARL de Marosse, la céréale est donnée aux petits veaux et aux broutards. Selon les âges, il est distribué en pur ou intégré dans un mash fermier.

Chez les Chaumont, à Saint-Germain-du-Plain, en Saône-et-Loire, la ration des broutards est modifiée depuis trois hivers. L’épeautre a remplacé l’aliment complet fabriqué par la coopérative à partir des céréales de l’exploitation. Distribuée entière – grain avec ses enveloppes – aux veaux de quinze jours à quatre mois, la céréale est ensuite aplatie et intégrée dans un mash fermier, fabriqué tous les quinze jours avec une mélangeuse. Celui-ci est composé de 74 % d’épeautre aplati, 15 % de tourteau de colza, 6 % de foin de prairie permanente et 5 % de mélasse. De l’argile à effet « tampon » et un minéral sont également incorporés. Le mash affiche 0,95 UFV (1), 17,5 % de MAT (2) et 1,90 % de MG (3). Il est distribué à partir de mi-février, pendant deux mois.

Une fois à l’herbe, les broutards mâles reçoivent un nouveau mash, exempt de foin, fourrage qui « coule mal dans nos nourrisseurs », explique Jean-Yves Chaumont. Composé de 50 % d’épeautre aplati, 25 % de tourteau de colza expellé et 25 % de pulpes de betteraves, ce mélange est très appétent. « L’épeautre et la pulpe favorisent la rumination et limitent le risque d’acidose. Du foin est cependant mis à disposition. Pour calculer ces rations à base d’épeautre, nous nous sommes basés sur des valeurs alimentaires comparables à celles du blé et du triticale. »

Économiquement, l’éleveur juge l’utilisation de l’épeautre intéressante : « Notre mash pour broutards coûte à 80 à 100 €/t, selon les variations des prix des matières premières. » Le coût alimentaire n’a pas baissé pour autant. « Depuis le passage au mash à volonté, la consommation d’aliment a été multipliée par 1,5, poursuit Jean-Yves. Elle atteint parfois 7 à 8 kg par animal et par jour en début d’automne. Nous ne rationnons plus, comme nous le faisions avec l’aliment complet. En année climatique normale, nous espérons gagner 30 kg de poids vif supplémentaires sur les broutards. Malgré des conditions difficiles en 2018, nous avons réussi à sortir des animaux lourds. Les plus âgés pesaient 380 kg fin septembre 2018. »

Anticiper le stockage

Très rustique et peu exigeant en intrants – 120 unités d’azote à l’hectare et un traitement fongicide (4) –, l’épeautre permet de valoriser les terres hydromorphes ou non drainées, et d’allonger la rotation. En 2018, le rendement moyen de l’exploitation atteignait 40 q/ha sur 3,30 ha. La hauteur de la paille se situe entre celle du seigle et du triticale. La céréale nécessite toutefois d’importantes capacités de stockage. En volume, 10 kg d’épeautre correspondent à environ 16 kg de triticale.

Anne Bréhier

(1) Unité fourragère viande. (2) Matières azotées totales. (3) Matières grasses.

(4) La plante est sensible à la rouille et à la verse.

Pour l’engraissement aussi

L’épeautre a été testé à la place du triticale dans l’alimentation des génisses et vaches à l’engrais pendant deux mois. La ration était composée de 3 kg d’épeautre, 3 kg de tourteau à 33,3 % de protéines, 1 kg de paille et 15 kg bruts de maïs ensilage. Les résultats ont été comparables à la ration précédente. L’éleveur a également expérimenté un méteil composé de triticale, d’épeautre, de pois et de vesce. « L’épeautre, plus tardif à l’épiaison, correspond mieux à la floraison des légumineuses », déclare Jean-Yves.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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