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Le microbiote des trayons mis à contribution contre les mammites

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Une flore bactérienne diversifiée à l’intérieur du trayon réduirait le risque d’apparition de mammites chez la vache laitière. © C. Thiriet

L’étude des populations de micro-organismes présents dans les trayons des vaches laitières augure des pistes pour réduire l’apparition des infections.

L’équipe de microbiologistes de l’Inra de Rennes travaille depuis plusieurs années sur de nouvelles solutions pour réduire l’apparition de mammites, douloureuses pour l’animal, stressantes pour l’éleveur et source de consommation d’antibiotiques. Elle se penche en particulier sur le microbiote du trayon des vaches. Les animaux abritent, en effet, des populations de micro-organismes spécifiques selon les sites anatomiques : rumen, naseaux, bouche, utérus, mamelle… L’équilibre de ces flores contribue non seulement à la santé de chaque site, mais aussi à son bon fonctionnement.

Bactéries protectrices

Le microbiote du trayon compte, comme tous les autres, un grand nombre d’espèces bactériennes, dont une vingtaine de genres dominants, comme les bactéries lactiques. Pour savoir si la composition de ce microbiote influe sur le déclenchement de l’infection et si les vaches peu sujettes aux mammites hébergent des bactéries « protectrices », les chercheurs sont partis du cycle infectieux de trois pathogènes : Staphyloccocus aureus, responsable de mammites chroniques, Escherichia coli, responsable de mammites aiguës, et Streptococcus uberis, responsable des deux types de mammites. Ces bactéries pénètrent dans le trayon et remontent dans la citerne pour se multiplier. Elles colonisent ensuite les cellules épithéliales, voire y entrent, et deviennent alors « invisibles » pour le système immunitaire. Certaines bactéries lactiques, présentes dans la flore « normale » du trayon, sont capables d’empêcher ce processus. Les expérimentations réalisées in vitro confirment que Lactobacillus casei entrave l’action pathogène du staphylocoque doré.

Des tests in vivo sont nécessaires pour confirmer ce mécanisme. S’ils s’avèrent concluants, ils pourraient donner lieu au développement d’un probiotique destiné à renforcer la flore du trayon. Parallèlement, un outil de diagnostic permettrait à l’éleveur d’identifier rapidement un animal dont le microbiote est favorable au développement de mammites, et d’intervenir dès la détection des signes avant-coureurs de la maladie.

Les chercheurs voient encore plus loin, en envisageant la possibilité d’administrer un « cocktail » de bactéries bénéfiques, afin de moduler l’ensemble du microbiote du jeune bovin, et le rendre plus résistant aux pathogènes. Et pourquoi pas, dans les cas extrêmes, réaliser une transplantation du microbiote du trayon, comme on le fait chez l’homme, au niveau intestinal. Les premiers travaux en élevage sur le microbiote de vaches saines montrent que les animaux ayant eu une mammite possèdent une flore moins diversifiée que ceux qui n’en ont jamais eu. Il n’est, pour l’heure, pas possible de savoir si l’application d’un antibiotique pour soigner la mammite a appauvri la flore, ou si la mammite s’est installée car la flore était moins diversifiée.

Yanne Boloh

Les mammites affectent aussi la fertilité

Pour lutter contre les mammites et les métrites, maladies inflammatoires fréquentes chez les bovins, l’Inra a déployé, depuis 2013, le programme Ruminflamme, qui se poursuit depuis 2018 avec le projet LongHealth.

Les chercheurs ont d’abord amélioré le diagnostic des maladies inflammatoires, puis identifié les facteurs de risque. Ils ont également établi un lien causal entre santé de la mamelle et infertilité. Une meilleure santé mammaire réduirait les inséminations à répétition chez les vaches en mammite subclinique.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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