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L’arrêt de la caudectomie des porcelets à l’essai

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En raison de multiples stress, le postsevrage est la phase d’élevage présentant le plus de risques de caudophagie. © S. Champion

L’élevage de porcs à queue entière a été testé en conduite sur caillebotis. Si les résultats techniques sont encourageants, les risques liés aux épisodes de caudophagie restent bien présents.

Réalisée sur la majorité des porcs en Europe, la caudectomie, permettant de réduire les dommages causés aux queues, fait l’objet d’un encadrement précis. « La réglementation européenne interdit cette technique en routine, précise Nicolas Villain, ingénieur à la chambre régionale d’agriculture de Bretagne (Crab). Elle ne doit être mise en œuvre qu’en dernier recours, lorsque tous les moyens ont été employés pour éviter le déclenchement d’épisodes de caudophagie. »

Dans ce contexte, la Crab a testé, dans sa station de Guernevez, dans le Finistère, la faisabilité de l’arrêt de la caudectomie des porcelets élevés sur caillebotis. Les animaux, issus de truies large white × landrace et de verrats piétrain, ont été choisis au sein de trois bandes successives. Au total, 98 porcs à queue entière (modalité QE) et 65 à queue coupée (QC) ont été évalués.

En postsevrage, puis en engraissement, les porcs de chaque modalité ont été élevés dans des cases disposant soit d’un milieu « enrichi » avec une chaîne seule, soit d’un milieu « enrichi supérieur » avec chaîne, corde et bois, additionnés d’un râtelier de paille en phase d’engraissement. L’état de la queue est évalué à quatre étapes considérées indépendamment : le jour suivant la mise bas, au transfert en postsevrage, au transfert en engraissement et au départ à l’abattoir. La grille de notation va de l’absence de marque visible (note 0) à l’observation d’une plaie importante ou de la perte d’une partie de la queue (note 3).

Performances égales

Que leur queue soit entière ou coupée, les porcs de l’essai affichent un gain moyen quotidien de 538 g en postsevrage, puis de 981 g en engraissement. Les poids de carcasse (99,1 kg en moyenne) et le taux de muscle par pièce (60,3 %) ne sont pas non plus significativement différents. Alors que 2 % des porcs QE et 1,5 % des QC présentent une saisie d’une partie de leur carcasse. « Cela ne semble pas imputable à l’état des queues », précise Nicolas Villain. Par ailleurs, « aucun animal n’est mort ou a dû être écarté de l’étude pour cause de caudophagie importante ».

Si ces résultats sont encourageants, l’étude montre toutefois que « la majorité des porcs QE n’ont plus la queue entière à leur départ à l’abattoir », en raison d’épisodes de caudophagie au cours de leur élevage. Seulement douze animaux ont gardé la queue intacte, sans aucune trace de griffure, de la naissance à l’abattage.

Le postsevrage semble être la phase la plus à risque, notamment en raison de stress multiples : séparation avec la truie, mélange de portées ou encore changement d’alimentation. Pas moins de 51 % des porcelets à queue entière présentent ainsi des lésions durant cette période, « suggérant qu’ils sont davantage victimes de caudophagie que les animaux à queue coupée ».

En engraissement, cette tendance s’estompe. « La note d’état des queues est plus élevée en postsevrage qu’en fin d’engraissement, ce qui montre une très bonne cicatrisation des queues, appuie Nicolas Villain. Cela signifie néanmoins que la seule constatation de l’état des queues au départ à l’abattoir ne constitue pas une indication fiable sur la caudophagie subie lors des phases d’élevage. »

Vincent Guyot

Pas d’effet de l’enrichissement du milieu

« Les matériaux manipulables distribués dans notre étude ne semblent pas suffisants à eux seuls pour éviter le déclenchement d’épisodes de caudophagie en postsevrage », observe Nicolas Villain. Pour la phase d’engraissement, les résultats restent à clarifier. Plus globalement, la nature des objets mis à disposition des animaux a une influence importante. « En engraissement, les porcs élevés dans un milieu “enrichi supérieur” ont bénéficié d’un râtelier de paille qu’ils ont bien utilisé, poursuit-il. En postsevrage, la corde mise à disposition dans le milieu “enrichi supérieur” a été rapidement consommée. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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