Une première aiguille est enfoncée au niveau de la rate de l’animal, une autre à la hauteur du rein, et une troisième au niveau du foie. « Je forme ainsi le triangle de l’immunité, facilement visible sur le flanc de l’animal, une des bases de l’acupuncture. Je stimule les organes et le système d’autodéfense chez l’animal », explique Nathalie Macé, installée en Gaec avec son mari Fabrice à Maure-de-Bretagne, en Ille-et-Vilaine. Elle le fait systématiquement pour préparer les vaches au vêlage. « J’en profite lorsqu’elles sont au calme dans les logettes, quand je paille », raconte la productrice à la tête d’un troupeau de 80 vaches prim’holsteins et montbéliardes. Elle utilise aussi l’acupuncture en préventif, pour renforcer l’immunité des veaux.

En curatif, Nathalie intervient sur les mammites, les non-délivrances après le vêlage, les non-retours en chaleur, les diarrhées… « J’ai, à plusieurs reprises, réanimé des veaux qui avaient avalé du liquide amniotique », raconte-t-elle. La productrice pratique cette technique depuis fin 2017. Elle l’a apprise auprès de Nayla Cherino Parra, vétérinaire orientée en médecines naturelles, dans le cadre d’une formation (1) proposée par la Fédération des Ceta d’Ille-et-Vilaine. « En 2013, je me suis intéressée aux méthodes naturelles, car j’avais des mammites récurrentes sur les mêmes vaches et les mêmes quartiers. J’étais arrivée au bout du système allopathique », dit-elle. À l’époque, Nathalie s’était formée à l’aromathérapie, qu’elle utilise en complément.

Vingt points à reconnaître

Lors de sa formation, l’agricultrice a appris à reconnaître vingt points d’acupuncture. Les organes étant liés, l’association des points lui permet d’intervenir. Elle s’appuie sur ses fiches de dessin reproduisant les schémas de circulation de l’énergie propre à chaque pathologie. Il s’agit d’enfoncer la partie argentée d’une aiguille souple – similaire à celle utilisée pour l’homme – sur les points concernés. « En cas de problème, l’aiguille est comme aspirée. C’est impressionnant ! » Celle-ci est laissée vingt minutes, et tombe parfois toute seule. Pour la pose, il est important d’être détendu. « Une partie de la formation consiste à un travail sur soi pour apprendre à réguler ses émotions. Il faut aussi pratiquer et développer son sens de l’observation », reconnaît l’éleveuse.

Depuis cinq ans que Nathalie utilise les méthodes naturelles, les frais vétérinaires sont passés de 12 à 4,09 €/1000 l, essentiellement en honoraires et produits de tarissement. Pour la campagne 2018-2019, le comptage cellulaire moyen de l’élevage est de 130 000 cellules/ml, sans avoir utilisé un seul produit antibiotique depuis cinq ans. Une boîte de 100 aiguilles lui coûte 10 €.

« En médecine chinoise, le médecin est rémunéré quand son patient est en bonne santé, conclut-elle. Il a donc tout intérêt à ce qu’il aille bien, nous a expliqué Nayla. C’est ce que nous nous efforçons de faire auprès de nos animaux ».

Isabelle Lejas

(1) Deux jours, complétés par deux jours de remise à niveau et de perfectionnement.

En prévention, l’éleveuse stimule le triangle de l’immunité sur ses animaux. © I Lejas
L’experte
« Reprendre conscience des fondamentaux »

« La priorité de la formation est de reprendre conscience des fondamentaux pour avoir des animaux en bonne santé : respiration, eau, nourriture, lieu de vie. L’acupuncture peut être comparée à un système électrique et les différents organes à des ampoules. Quand tout va bien, tout est éclairé. Lorsqu’il y a des dysfonctionnements, la lumière faiblit ou, plus grave, elle s’éteint. On va appuyer sur l’interrupteur – le point d’acupuncture – en posant une aiguille. En cas de surchauffe, là encore, on vient faire soupape et libérer l’énergie. La condition essentielle est d’avoir conscience de la circulation de l’énergie. L’idée, avec cette pratique, est de remettre l’éleveur au centre de son élevage. »

Nayla Cherino Parra, vétérinaire et formatrice en acupuncture