Parmi les vaches de réforme se cache une grande hétérogénéité d’animaux et de pratiques. Les interrogations sur leur finition sont nombreuses. Elles peuvent porter sur le choix des vaches à engraisser, la ration à distribuer, la durée de finition appropriée ou encore l’intérêt économique réel d’un tel travail.

Une étude a ainsi été menée à la Ferme expérimentale des Bordes, située à Jeu-les-Bois (Indre), dans l’objectif de mesurer l’effet de l’âge et de l’état d’engraissement en début de finition sur la capacité de finition d’une vache de réforme. Quarante-huit vaches de race charolaise ont été réparties en quatre lots équilibrés : lot 1 (vaches < 8 ans et NEC < 1,5)(1), lot 2 (vaches < 8 ans et NEC > 2), lot 3 (vaches > 10 ans et NEC < 1,5) et lot 4 (vaches > 10 ans et NEC > 2). Les vaches ont bénéficié d’une ration mélangée identique composée de 5 kg de blé, de 1,3 kg de tourteau de colza et d’enrubanné/paille à volonté. Les lots ont été engraissés et suivis durant cent jours, de novembre 2018 à février 2019. Un système d’alimentation robotisé a permis de déterminer les rations réellement ingérées en kg de MS par jour et par vache. Des pesées ont été réalisées chaque mois afin d’apprécier le GMQ (2).

Un effet de l’âge marqué

Les résultats obtenus se rapprochent fortement de ceux publiés dans les années 1980-1990 en France. Ainsi, les lois biologiques restent valables malgré l’augmentation du format des vaches.

Plusieurs constats s’imposent. S’agissant de l’alimentation, l’ingestion moyenne était de 15 +/- 1 kg de MS par jour et par vache. « C’est un élément fort à réactualiser car, même si les performances des animaux restent les mêmes qu’auparavant, les poids vifs ont augmenté, donc les quantités ingérées aussi », précise Nicolas Dagorn, ingénieur régional fourrages chez Arvalis. La consommation était de 11 à 12 UFV/jour/vache, conformément aux recommandations Inra, pour un rapport PDI/UF de 95. « L’important est d’avoir une ration équilibrée, poursuit l’analyste. Les quantités d’UF et de PDI journalières référencées sont fidèles à la réalité du terrain et correspondent aux besoins des animaux. Il n’est pas utile d’avoir un rapport PDI/UF supérieur à 100-110. Le surajout de protéines ne sera pas mieux valorisé par l’animal et induira un coût économique supérieur. » La durée d’engraissement a également un effet notable sur les performances. Le gain musculaire se fait essentiellement en début d’engraissement. La prise de poids rapide est significative en début de finition et diminue au-delà de cinquante à quatre-vingts jours.

L’âge des animaux a plusieurs conséquences, à la fois sur les performances de croissance et sur celles d’abattage. Ici, le GMQ moyen était de 1 200 g/j pour les vaches de moins de 8 ans, contre 800 g/j pour celles de plus de 10 ans. Les bêtes plus âgées présentaient aussi une efficacité alimentaire moindre. En cinétique de croissance, un décrochage plus rapide du GMQ était observé, ainsi que des performances plus disparates au sein des deux lots de vaches âgées. « La réponse des animaux en termes de performances selon leur catégorie d’âge est un effet biologique fort, toutes races allaitantes confondues », conclut Nicolas Dagorn.

Lucie Pouchard

(1) Note d’état corporel. (2) Gain moyen quotidien.

L’expert
« Trier les animaux »

Nicolas Dagorn, analyste chez Arvalis : « Les objectifs de finition ont été atteints en cent jours avec une ration basique peu concentrée. Pour conclure d’un point de vue global, si l’on est engraisseur spécialisé, il faut réussir à jouer avec la forte hétérogénéité entre les sujets pour adapter la conduite et faire partir au plus vite les animaux improductifs. Quand on est naisseur-engraisseur, identifier les meilleurs candidats à la finition est la clé. Le coût alimentaire journalier, premier levier de rentabilité, doit être suivi de près. Le rapport prix du maigre/prix du gras est un second aspect essentiel. »