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« J’élève des chèvres à côté de mes charolaises »

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Avec deux quais de 24 places, Philippe Tardieu consacre entre 1 h 15 et 1 h 30 à la traite de ses 225 chèvres. © Photos : F. Ehrhard

Philippe Tardieu s’est diversifié dans le lait de chèvre bio. Pour faire de la place aux caprins, il a réduit de moitié le nombre de vaches allaitantes.

«Depuis trois ans, je produis du lait de chèvre. Je n’ai pas moins de travail qu’avec les vaches. Je dois, notamment, respecter des horaires pour la traite. Mais je sais pourquoi je me lève le matin, car le revenu est meilleur. Et j’ai retrouvé des perspectives d’avenir », confie Philippe Tardieu, éleveur à Estables, en Lozère.

Avec son frère, salarié de l’exploitation, Philippe élevait auparavant une centaine de charolaises sur 215 hectares. « À 1 200 mètres d’altitude, nous ne pouvons faire que du maigre. Les prix des broutards stagnent. L’avenir des primes est incertain. En 2014, ne voyant pas comment évoluer dans cette production allaitante, j’ai cherché à me diversifier », raconte-t-il. Une collecte de lait de chèvre bio se créait dans le département. Avec un chargement de 0,4 UGB/ha, son système extensif était compatible. Il n’y avait pas d’élevages de chèvres autour de lui, mais l’animal l’attirait. « J’ai pris le temps d’aller voir des éleveurs ailleurs, poursuit-il. Avec la chambre d’agriculture, nous avons fait une simulation économique. C’était jouable. Après deux ans de réflexion, je me suis lancé. »

Le troupeau de vaches a été réduit de moitié pour faire de la place aux chèvres. Afin de loger ces dernières, l’éleveur a réaménagé une étable avec deux tapis d’alimentation et deux distributeurs de concentré mobiles. Les premières chevrettes, tout juste sevrées, sont arrivées en mai 2016. En mars 2017, Philippe a commencé à livrer la fromagerie de la Lémance.

Deux ans de transition

« J’ai investi 200 000 euros dans l’atelier caprin », précise-t-il. La période de transition s’est étalée sur deux ans. Aujourd’hui, l’exploitation compte 50 charolaises et 225 chèvres sur 55 ha de prairies multi-espèces et 160 ha de prairies naturelles. Les deux troupeaux se complètent. Les vaches valorisent les pâtures éloignées, ainsi que les fourrages de moins bonne qualité. « Le chargement a baissé d’un tiers, ce qui me redonne un peu de marge de sécurité en cas de sécheresse », souligne Philippe.

En début de lactation, la ration journalière par chèvre est constituée de 700 g de seigle et d’orge, 300 g de correcteur à 35 % de MAT et 2,1 kg de matière sèche de foin. À partir du 15 mai, les caprins couvrent la moitié de leurs besoins au pâturage. « Je gère des paddocks au fil, en ne les y laissant que quelques heures, poursuit-il. Elles mangent vite, cela suffit. »

La traite dure du 10 mars au 10 janvier, ce qui lui laisse deux mois de pause. « Le gros de la production se concentre entre avril et juillet. En novembre, je passe en monotraite », précise l’éleveur.

En 2018, la production a atteint 780 litres par animal. Avec un prix moyen de 932 €/1 000 l, le résultat économique est bon. « Les chèvres fournissent les trois quarts du chiffre d’affaires de l’exploitation. Et l’EBE a été multiplié par 2,5 », souligne Philippe. Ce résultat devrait encore s’améliorer avec l’arrivée sur l’exploitation de sa femme Florence, qui a créé un atelier pour transformer une partie du lait.

Frédérique Ehrhard

Les chèvres pâturent de mi-mai jusqu’à début novembre dans des paddocks gérés au fil.
Des contrats pluriannuels

Aujourd’hui, le lait de Philippe est collecté par le groupement de producteurs Chèvres bio France, qui approvisionne ensuite plusieurs fromageries, dont celle de la Lémance. « J’ai un contrat de cinq ans et une grille de prix établie jusqu’en 2022, avec des hausses prévues chaque année. C’est sécurisant. Sans cet engagement pluriannuel, je ne me serais pas lancé », relève Philippe. En Lozère, ce groupement collecte 1,5 million de litres de lait par an. Les besoins des fromageries augmentant, il y a de la place pour de nouveaux éleveurs, qui bénéficient d’un accompagnement de la chambre d’agriculture.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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