Qui dit cellules dans le lait, dit également présence d’ADN. C’est à partir de ce constat que le réseau de conseil en élevage Seenergi a mis au point le service Génocellules, assurant le comptage cellulaire de chaque vache à partir d’un échantillon unique de lait du tank. Une solution qui a séduit Antoine Leconte, éleveur de 50 vaches laitières prim’holsteins à Touffreville-sur-Eu (Seine-Maritime).

Afin de décrocher la prime de 10 €/1 000 l accordée par sa laiterie (Eurial) aux livraisons régulièrement inférieures à 200 000 cellules/ml, il cherche à réduire ses taux cellulaires.

« J’ai un niveau d’étable de 10 870 l par vache. Cela fait également une dizaine d’années que je travaille sur l’amélioration des taux sur le volet génétique, mais aussi en utilisant de la betterave fourragère dans la ration. Avec 35 g/kg de TP (taux protéique) et 43 g/kg de TB (taux butyreux), ma marge de progression est limitée. Désormais, mon cheval de bataille, c’est le taux cellulaire. Il était en moyenne de 237 000 cellules sur l’année 2018-2019 », précise l’éleveur, dont le bâtiment est en aire paillée raclée.

Depuis près d’un an, le dispositif Génocellules est mis en place pour le troupeau. L’investissement de départ n’est pas négligeable, puisqu’il est nécessaire de génotyper l’intégralité des vaches. Les organismes de sélection (OS) peuvent toutefois prendre en charge une partie de la dépense (10 € par animal). « Cela m’a coûté 34 € par animal hors prime de l’OS. Je dispose ainsi pour chaque vache de tous les index publics et d’une partie des index privés, avec lesquels je suis beaucoup plus précis pour établir les plans d’accouplement. »

Deux fois plus d’analyses

Aujourd’hui, il dispose de 24 tests cellulaires par an. Il en a contractualisé 18 via Génocellules pour un prix d’environ 39 € par vache traite et par an. « J’ai conservé six visites du contrôleur laitier, alors qu’il passait tous les mois auparavant. Au global, j’ai doublé la fréquence des analyses de cellules et j’obtiens les résultats en quatre à six jours ouvrés. »

Pour chaque prise d’échantillon, Antoine indique sur le site internet dédié les quelques vaches traites mais écartées du tank (donc de l’échantillon). Il réalise lui-même le prélèvement de lait et l’envoi avec le matériel fourni.

L’agriculteur est désormais plus intransigeant dans la sélection de ses animaux, et choisit de ne pas réinséminer les vaches à cellules. « J’ai la preuve que ce sont toujours les mêmes bêtes qui plombent le tank. Parfois, ce sont aussi de bonnes productrices pour lesquelles j’avais du mal à prendre des décisions radicales. » En obtenant les résultats d’analyses rapidement, Antoine peut intervenir précocement. « Je décroche plus régulièrement la prime de la laiterie. Cependant, il est encore trop tôt pour constater tous les effets positifs du dispositif. Avec moins d’un an de mise en place, j’ai encore des vaches à cellules en lactation. »

Alexis Dufumier

Vers une transmission plus rapide des résultats

« Nous visons un déploiement de Génocellules plus large sur le terrain, en recrutant le plus grand nombre d’éleveurs. Cela nous permettra notamment de mieux remplir les plaques d’analyses de l’ADN et de gagner aussi en rapidité dans la transmission des résultats, indique Étienne Doligez, chargé de recherches à Littoral Normand. Nous sommes aussi en contact avec La Poste pour améliorer les délais de réception des échantillons. Dans certains départements, nous avons mis en place des tournées de ramassage. »