La chaîne de récolte de l’herbe est stratégique pour préserver le potentiel du fourrage jusqu’au silo. L’un des enjeux est d’abaisser le taux d’humidité pour viser des taux de matière sèche (MS) de 30 à 35 % pour un ensilage de graminées et de 40 à 45 % pour les légumineuses.

Ne pas dépasser 48 h

Mais ce n’est pas la seule condition du succès : il faut aussi être rapide. « Toutes les 24 h, l’herbe fauchée perd 2,5 points de matière azotée totale, insiste Émilie Turmeau, conseillère en gestion des prairies chez Elv’up, organisme de conseil en élevage. Par ailleurs, la respiration de la plante consomme des sucres nécessaires au bon démarrage de la fermentation du silo. On a, par conséquent, intérêt à raccourcir au maximum le délai entre la fauche et la récolte. Dans un département comme l’Orne, nous savons, aujourd’hui, que des objectifs de 24 à 36 h sont réalisables. Nous préconisons de ne pas dépasser 48 h. »

Pour parvenir à réduire les délais dans la chaîne de récolte, le premier levier consiste à jouer sur la qualité du préfanage (séchage au sol) en utilisant l’énergie du soleil. Outre le choix d’une bonne fenêtre météo, il est conseillé de faucher à plat. Idéalement, le fourrage doit couvrir au moins 80 % de la surface de la parcelle. Pour préserver la qualité de la future récolte, un ajustement de la pression des pneus est judicieux. La coupe doit être assez haute pour bénéficier d’une ventilation naturelle efficace.

Soleil et ventilation naturelle

« L’objectif se situe à 7-8 cm pour un ray-grass et 10 cm pour la luzerne, souligne Émilie Turmeau. Faucher haut pénalise peu les quantités : entre 80 et 200 kg de MS par hectare et par centimètre de hauteur de coupe, selon les espèces. L’intérêt est aussi d’améliorer les valeurs alimentaires du fourrage, et d’assurer une repousse de qualité. En ensilage, mieux vaut ne pas employer de conditionneuse pour garder un fourrage vivant et capable de perdre de l’eau par ses stomates. La logique est différente pour un foin ou un enrubanné. »

La période de fauche a aussi son importance. Faucher l’après-midi est conseillé pour maximiser le taux de sucres. « S’il faut choisir, il est préférable de faucher les légumineuses l’après-midi et les graminées le matin. Et l’on ne fauche pas de nuit où les taux de sucre diminuent », complète la conseillère d’Elvup. L’andainage avant la récolte peut être anticipé pour ralentir le séchage.

Une fois l’objectif de MS atteint, il convient d’andainer et de récolter juste après. Selon la situation météorologique et l’épaisseur de fourrage au sol, un fanage peut être effectué. « Viser des délais courts entre fauche et récolte présente des avantages. Mais cela requiert une organisation pour adapter le rythme de fauche aux moyens humains et matériels nécessaires à la reprise de l’herbe. C’est très exigeant. Toutefois, les enjeux économiques d’un ensilage d’herbe réussi le méritent largement », insiste Émilie Turmeau.

A. Dufumier

L’experte
« Se fier aux analyses pour la qualité du fourrage » Émilie Turmeau, conseillère en gestion de l’herbe, Elv’up

« Avoir une herbe de qualité commence par l’entretien de la prairie et sa fertilisation. La notion de qualité diffère selon le type d’animal. Pour des vaches laitières, on recherchera moins la production d’herbe en quantité, que les valeurs alimentaires. Sachant que le taux de protéines recherché dépend de la minéralisation de l’azote dans les sols, il est judicieux de se fier à des analyses des valeurs de l’herbe plutôt qu’au stade végétatif pour déclencher la fauche. La longueur des brins d’ensilage doit aussi être adaptée à la ration envisagée. Dans tous les cas, le front de silo d’herbe doit pouvoir avancer rapidement. »