Propriétaire d’à peine 8 hectares de prairies à Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne), au pied des Pyrénées, Tristan Delporte est un jeune éleveur berger presque « sans terre ». Il a acheté ses 50 premières agnelles tarasconnaises fin octobre, à leur descente d’estive, et les a directement emmenées chez Pierre Pujos, céréalier à Saint-Puy, dans le Gers. Celui-ci, qui venait lui aussi d’acquérir 30 brebis suitées de même race, l’a accueilli avec son troupeau pour l’hiver. « Je possède 200 ha conduits en bio, dont 20 % situés en haut de coteaux, où il ne sert à rien de cultiver. Plutôt que de les laisser se dégrader, j’ai semé de l’herbe pour les valoriser par l’élevage. La présence des animaux remet de la fertilité sur les parcelles, pour un coût et une dépense énergétique très bas. »

Les brebis sont restées jusqu’au 15 avril sur l’exploitation de Pierre, entièrement en plein air. Outre les prairies et 5 ha de sous-bois, où elles s’abritaient par temps de pluie et trouvaient une alimentation ligneuse, elles ont eu accès à 40 ha de méteil en couvert végétal – avoine, triticale, blé, orge, pois, féverole et vesce –, semé en octobre. En février, elles ont également pâturé le blé, où venait d’être implanté du trèfle pour l’été. Les animaux ont permis de rappuyer le sol, de favoriser la germination du trèfle et d’améliorer le tallage de la céréale. Sans compter la fertilisation naturelle par les déjections. « Les brebis sont un vrai outil de travail sur une exploitation céréalière », reconnaît Pierre.

Suivre de près la pousse

« Je déplace mon troupeau pour suivre la pousse de l’herbe, précise Tristan. Chaque jour, j’installe ma clôture électrique à batterie solaire sur une parcelle différente. Mon choix dépend aussi de la météo et de la nature du terrain. S’il pleut, mes brebis partent dans les vignes des voisins, ou sur des friches à sol portant. Autre avantage : le fait de pâturer des cultures variées et des sols travaillés de façon très simplifiée brise le cycle des parasites des animaux et permet d’éviter la vermifugation. »

À la mi-avril, lorsque l’herbe a commencé à manquer dans le Gers, le jeune berger a redescendu le troupeau vers ses prairies de piémont, où il est resté jusqu’à la fin mai. L’éleveur est ensuite monté en estive sur les surfaces pastorales du village d’Aulon (Hautes-Pyrénées), où il a été recruté par la commune pour y garder ovins et bovins pendant six mois.

Entre-temps, Tristan et Pierre ont vendu dix-sept agneaux de quatre mois et demi, entièrement engraissés à l’herbe, dont le poids de carcasse moyen a atteint 19,8 kg. Non seulement les animaux étaient bien conformés, avec 35 % classés R3, 35 % O3 et 30 % O2, mais les analyses ont montré que le rapport entre les oméga 6 et les oméga 3, égal à 1,7, garantissait une grande qualité nutritionnelle (lire l’encadré). Des résultats prometteurs qu’il leur faudra reproduire.

Florence Jacquemoud

L’expert
« Une viande conforme à la démarche Bleu-Blanc-Cœur »

« Dans le cadre du GIEE Agrivaleur, des analyses ont été effectuées pour comprendre l’impact des modes d’élevage sur la qualité des viandes. Ce travail a été conduit avec les étudiants de la licence « Conseil en systèmes de production végétale agroécologique » du lycée agricole d’Auzeville (Haute-Garonne) et l’Inra de Toulouse. Les premiers résultats du troupeau de Tristan montrent que la mise à l’herbe et le pâturage de couverts végétaux, de cultures et de sous-bois permettent d’obtenir un très bon rapport oméga 6-oméga 3, conforme aux attentes du cahier des charges Bleu-Blanc-Cœur. Cela laisse entrevoir de belles perspectives sur ces pratiques, qui répondent aux enjeux de l’agroécologie. »

Fabienne Gilot,

Coordinatrice du GIEE Agrivaleur, porté

par la Commission ovine des Pyrénées centrales, dont elle est directrice