Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

De la luzerne dans la ration hivernale bio des vaches laitières

réservé aux abonnés

Productivité - De la luzerne dans la ration hivernale bio des vaches laitières
L’apport de 3 kg par jour et par VL de bouchons de luzerne permet d’augmenter la production laitière de 1,9 kg/jour/VL. © E. Cloet/Chambres d’agriculture de Bretagne

D’après un essai mené à Trévarez, en Bretagne, l’apport de luzerne déshydratée permet de stimuler l’ingestion et la production des vaches.

«En production laitière biologique, l’alimentation des vaches laitières en saison hivernale est souvent complexe pour les éleveurs », contextualise Estelle Cloet, chargée d’études à la station expérimentale de Trévarez (Finistère), dans un rapport publié en janvier. Une ration d’un tiers d’ensilage de maïs et de deux tiers d’ensilage d’herbe, même précoce, reste limitée en apport de PDI et d’UFL. Il est donc intéressant de tester l’effet d’un apport complémentaire d’un aliment azoté autre que le tourteau de soja bio importé.

Plus de lait à long terme

Pendant l’hiver 2018-2019, deux lots de vingt vaches laitières ont intégré un dispositif expérimental pour tester l’intérêt de la complémentation hivernale en bouchons de luzerne déshydratée, à 18 % de MAT. Pendant les deux premières semaines, les deux lots étaient logés à la même enseigne : ensilage de maïs (5 kg MS/jour/VL), ensilage d’herbe précoce à volonté et mélange céréalier grain à base de triticale, d’avoine, de blé, de pois et de féverole (0,9 kg/jour/VL). Durant les neuf semaines suivantes (phase expérimentale), un lot a reçu un complément de 3 kg/jour/VL de bouchons de luzerne déshydratée, mélangés à la ration de base. Le ratio PDIE/UFL est passé à 87 g pour le lot « luzerne », contre 79 g pour le lot témoin. Au cours des deux semaines suivantes (phase post-expérimentale), les deux lots recevaient de nouveau la même alimentation.

Pendant les neuf semaines où la ration différait, les vaches du lot « luzerne » ont, en moyenne, ingéré 2,9 kg de matière sèche par jour de plus que les vaches témoins. « Il n’y aurait donc pas eu de substitution de la luzerne avec les autres fourrages, commente le rapport. La ration témoin étant déficitaire en azote, le meilleur équilibre énergie-azote de la ration avec luzerne pourrait expliquer la stimulation de l’ingestion et l’absence d’encombrement des bouchons. »

L’effet sur la productivité des vaches ne s’est pas fait attendre. Le lot complémenté a, en moyenne, produit 1,87 kg de lait/jour/VL de plus que le lot témoin pendant la phase expérimentale. Ces différences étaient également visibles au cours de la phase post-expérimentale, malgré l’arrêt de l’apport de luzerne : + 1,4 kg MS/jour/VL ingéré et + 1,25 kg de lait/jour/VL pour le lot ayant précédemment eu accès aux bouchons.

Pendant la phase expérimentale, les animaux du lot « luzerne » ont gardé un poids stable. Les vaches témoins ont, en moyenne, perdu 30 kg pendant la même période. « Le nombre de données était cependant trop faible pour envisager une analyse statistique sur l’évolution du poids des animaux, précise Estelle Cloet. Cette observation reste donc à confirmer. » De la même manière, « les données brutes semblaient montrer une tendance à l’augmentation du TP grâce aux bouchons de luzerne, qui  n’a pas été vérifiée par l’analyse statistique ».

Alexandra Courty

Surveiller la marge sur coût alimentaire

Si l’apport de luzerne déshydratée en hiver semble faire ses preuves, l’intérêt économique de la pratique dépend de plusieurs facteurs.

À Trévarez, le coût des bouchons de luzerne bio est évalué à 304 €/t, pour un prix de base du lait bio à 483 € les 1 000 litres pendant l’hiver 2018-2019.

La progression du produit lait grâce à l’apport de 3 kg de luzerne par VL pendant neuf semaines n’a pas compensé la hausse du coût alimentaire. Les deux semaines suivant l’arrêt de cet apport, la tendance s’inverse, car la productivité reste boostée. Au final, « cela mène à une opération neutre dans l’essai », note Estelle Cloet, chargée d’études.

Sur le terrain, l’étude recommande donc de ne pas acheter de bouchons de luzerne à plus de 280-300 €/t si le prix de base du lait oscille entre 450 et 500 €/1 000 l.

« Lorsque la luzerne peut être implantée sur l’exploitation, l’opération s’avère toujours rentable (si le prix du lait bio dépasse 350 €/1 000 l). Cette possibilité est limitée aux exploitations proches d’une usine de déshydratation », conclut l’étude.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
En direct
Afficher toutes les actualités

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !