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Croiser trois races : une piste pour concilier pâturage et robot

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Expérimentation. Traite robotisée du troupeau de prim’holsteins, support de l’essai de croisement trois voies, à Trévarez. © M. Bressand

Un essai de croisement trois voies - prim’holstein, normande et jersiaise - tente d’apporter plus de robustesse à un troupeau « bio » en traite robotisée.

En septembre, naîtront les premiers veaux prim’holsteins croisés normands ou jersiais à la ferme expérimentale de Trévarez (Finistère). Depuis 2012, les chambres d’agriculture de Bretagne, en collaboration avec l’Institut de l’élevage (Idele) conduisent une expérimentation « robot de traite et pâturage » en agriculture biologique. Après trois ans, « dans ce système alimentaire très contraint, notre troupeau de prim’holsteins a montré certaines limites, explique Estelle Cloet, responsable technique à Trévarez. Nous notons, en particulier, des taux protéiques et des notes d’état faibles en hiver, ainsi qu’une reproduction difficile en vêlage groupé, surtout les premières années ». Mais comment remédier à ces problèmes ? D’une part, recourir uniquement à la sélection dans la race prim’holstein est trop lent : cela n’a pas été retenu. D’autre part, changer complètement de race, en achetant 60 laitières, n’est pas très fréquent dans les élevages « classiques » (non expérimentaux). Le choix s’est donc porté sur le croisement laitier, déjà pratiqué dans certaines exploitations pour améliorer la rusticité et la longévité des vaches. « Mais les modalités de mise en œuvre sont encore peu décrites aujourd’hui », précise Estelle Cloet.

Les chercheurs ont opté pour un croisement trois voies original, mêlant normande et jersiaise. « La diversité des races permet de maximiser l’effet d’hétérosis (1). Plus les races sont éloignées, plus l’effet positif du croisement sera important. Et selon la bibliographie, le croisement trois voies offre un gain supérieur à celui obtenu en deux voies », poursuit-elle.

Combler les lacunes du troupeau

L’essai vise à obtenir des vaches plus robustes (adaptation au pâturage et aux fluctuations alimentaires), mais répondant aux exigences du robot de traite. « Nous souhaitons des animaux qui marchent bien, dynamiques, avec une vitesse de traite correcte, mais aussi une bonne qualité sanitaire de la mamelle », détaille Estelle Cloet.

Pour la jersiaise, ce sont ses taux élevés, ses bonnes pattes et ses mamelles, ainsi que la précocité du premier vêlage, qui ont séduit. De plus, elle est très présente en système pâturant à l’étranger. La normande a, quant à elle, été retenue pour sa bonne conformation avec beaucoup de muscle, ses performances en reproduction et ses bons taux. La rouge nordique n’a pas été choisie car elle est trop proche de la prim’holstein.

En novembre 2015, les premières inséminations ont été réalisées en partenariat avec Évolution, une entreprise de sélection de l’ouest de la France. La moitié des vaches a été croisée en normande, l’autre en jersiaise. Mais il faudra être encore patient pour observer la deuxième génération, mixant les trois races.

Marylou Bressand

(1) Phénomène par lequel les performances d’un individu sont supérieures à la moyenne des performances des parents pour un caractère donné.

Mesurer les résultats de vaches croisées

L’objectif de l’expérience est d’étudier les évolutions de phénotypes, c’est-à-dire des caractères observables (en opposition au génotype). Cet essai permettra de créer de nouveaux repères de suivi des animaux croisés pour les éleveurs, et de répondre aux questions pouvant se poser quand on se lance dans le croisement trois voies. Au-delà de l’évaluation des performances habituelles (indicateurs de reproduction, productivité, morphologie…), les chercheurs souhaitent quantifier l’adaptation des vaches au robot, les facilités d’apprentissage de son utilisation, la motivation à se faire traire et celle à aller au pâturage.

Alimentation biologique

Dans un système biologique, acheter du tourteau de soja est hors de prix. C’est pourquoi, l’autonomie alimentaire est souvent recherchée.

À Trévarez, l’objectif est de produire sur place le maximum de l’alimentation hivernale. L’utilisation de tourteaux de soja se fait en petites quantités, de façon réfléchie. Ainsi la ration hivernale est moins riche qu’en système conventionnel. Les prim’holsteins s’adaptent aux contraintes, mais cela impacte sévèrement leur état physique et leurs performances.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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