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Chèvres : en lactation longue, plus de lait et moins de mises bas

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Organisation du travail - Chèvres : en lactation longue, plus de lait et moins de mises bas
Sur ses 260 chèvres saanens, Régis Gathier en conduit une centaine en lactation longue, pour bénéficier de leur production sans les fatiguer par des mises bas. © B. Lafeuille

La conduite des chèvres en lactation longue, encore minoritaire, se démocratise. Elle permet d’écrêter les pics de travail et d’avoir du lait toute l’année.

Pour Régis Gathier, éleveur caprin à Saint-Just-d’Avray (Rhône), les lactations longues ont d’abord été subies. « En cas d’échec à la reproduction, je continuais à traire les bonnes laitières jusqu’à la période de saillie suivante au lieu de les réformer », explique-t-il. Il dispose d’une référence de 250 000 litres, livrés à une coopérative.

Une question de calendrier

Aujourd’hui, sur ses 260 chèvres saanens, une centaine sont conduites en lactation longue. Le plus souvent par choix. Pour une question de calendrier en priorité. Les mises bas sont groupées entre le 15 octobre et le 15 novembre, sauf pour les chevrettes qui ne désaisonnement pas. Celles-là mettent bas au printemps. « Pour les recaler sur le reste du troupeau, je prolonge leur lactation sur un an et demi, indique l’éleveur. Ensuite, celles qui maintiennent leur production laitière au-dessus de 2,8 litres par jour ne repartent pas à la reproduction mais restent traites encore un an, voire plus… Je passe aussi en lactation longue les bonnes productrices qui n’ont pas une jolie mamelle, ainsi que des chèvres un peu âgées, pour éviter des mises bas à risque. »

Théoriquement, Régis pourrait en conduire davantage en lactation longue. « J’ai atteint la limite pour assurer le renouvellement du troupeau », dit-il.

Le renouvellement d’abord

Cette limite, Séverine Fontagnères, de Rhône conseil élevage, la fixe autour de 40 % des effectifs laitiers. Elle met en garde : « Attention à ne pas détériorer le niveau génétique du troupeau ! Les meilleures laitières sont aussi celles qui ont la meilleure génétique. Or en lactation longue, elles ne feront pas de chevrettes… »

Pour Aude Pasquet, conseillère chez Adice, « les meilleures chèvres doivent être réservées en priorité à l’insémination artificielle, puis à la saillie naturelle, et ensuite à la lactation longue. Cette dernière est intéressante pour les bonnes productrices présentant une tare ou un faible potentiel génétique, pour les primipares n’ayant pas fini leur croissance, pour les vieilles à qui l’on veut éviter la fatigue d’une nouvelle mise bas, ou encore pour les chèvres difficiles à tarir. Mais cette option ne peut être retenue que pour des chèvres à plus de 3 litres par jour, et 2,5 l pour les primipares. »

Parmi ses chèvres en lactation longue, Régis Gathier observe que la production tend à se replier à l’automne, puis à remonter au printemps. « Il ne faut pas diminuer la ration au moment du creux », avise-t-il. Ses deux lots de lactations longues ont toute l’année la ration de lactation : « La seule difficulté est de veiller à ce qu’elles n’engraissent pas. » L’éleveur les remet à la reproduction quand elles passent durablement en dessous de 2,5 litres par jour, si elles ne sont pas trop âgées. Dans son élevage, le record est détenu par une chèvre traite sans interruption depuis 2017. « Avec celles ayant une bonne persistance laitière, cette pratique permet d’obtenir plus de lait, et, surtout, d’en avoir toute l’année », affirme-t-il.

En contrepartie, le coût alimentaire est plus élevé, et il faut traire toute l’année. « Mon intérêt est d’abord de réduire le nombre de mises bas pour diminuer la charge de travail, améliorer la longévité des chèvres, et avoir moins de chevreaux, qui sont difficiles à valoriser », résume Régis.

Bérengère Lafeuille

Peu d’écarts de production

Dans le cadre d’une étude régionale, quatorze élevages rhônalpins (Drôme, Ardèche, Rhône) conduisant des chèvres en lactations longues ont été suivis. Une partie des élevages étaient en conduite désaisonnée. Deux races étaient présentes : saanen et alpine. « Sur deux années cumulées, il n’y a pas de grands écarts de production entre lactations longues et lactations courtes, observe Aude Pasquet. On note également que la production laitière ne diminue pas forcément au fil des années. Quant aux taux de protéines et de matière grasse, aucun écart significatif n’a été observé. En revanche, le taux cellulaire tend à se dégrader sur la durée : mieux vaut donc choisir des chèvres très saines au départ. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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