"Si le gouvernement ne prend pas ses responsabilités dans les semaines qui viennent, nous assisterons collectivement à la mort de nombreuses entreprises artisanales", alerte Jean-François Guihard, président de la Confédération Française de la Boucherie-Charcuterie (CFBCT). Rassemblés sous la bannière de leur organisation professionnelle, des artisans venus des quatre coins de la France ont manifesté contre l'explosion du prix de l'énergie sur l'esplanade des Invalides à Paris, ce mardi 29 novembre 2022. 

Le même jour, la Confédération a appelé l'ensemble des professionnels à éteindre symboliquement leurs lumières de 11 à 13 heures en signe de protestation. Elle pointe l'inefficacité des mesures de soutien, et appelle à un blocage des prix de l'énergie pour les 80 000 professionnels du secteur. 

Besoin de se projeter

"Les dispositifs actuels (1) ne répondent en effet pas à toutes les problématiques de nos petites et moyennes entreprises, dont certaines structures se trouvent dans une véritable zone blanche. Les structures de plus de dix salariés ou celles affichant un compteur juste au-dessus de la barre des 36 kVA sont sorties du jeu", reprend Jean-François Guihard.

D'après le président de la CFBCT, le bouclier tarifaire en vigueur ne couvrirait que 60 % des entreprises du secteur.  "Nos artisans charcutiers ne peuvent endosser de telles hausses de charges, parfois multipliées par dix, à si court terme. Nous avons besoin davantage de lisibilité", indique-t-il.

"Certains confrères ont vu leurs factures d'électricité passer de 2 000 € par mois à plus de 10 000 € depuis le début de l'année", confie Bruno Jeandot, président de la Fédération des artisans bouchers charcutiers de l'Yonne. Pour ce boucher installé à Brienon-sur-Armançon, si le gouvernement ne rectifie pas le tir, les premiers dépôts de bilan seront inévitables dès le début d'année prochaine. Les boucheries, avec leurs chambres froides, les laboratoires, les fours, les rôtisseries, ont peu de marges de manœuvre pour faire des économies.

Prix des matières premières et des emballages en hausse

S'ajoute à cela la hausse des prix des matières premières et des emballages, qui frôle les 12 % sur un an. "Les artisans bouchers-charcutiers l'ont répercuté sur leurs prix de vente à hauteur de 8 à 9 %, preuve qu'ils ont déjà pris sur leurs marges", ajoute Jean-François Guihard. "Si encore nos efforts permettaient de mieux rémunérer les éleveurs, mais ces derniers ne s'y retrouvent pas non plus !", évoque un boucher de Corrèze. 

Les représentants de la CFBCT ont été reçus dans la journée par la Commission des affaires économiques à l'Assemblée nationale et rencontrent demain à Bercy la ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie, chargée des Petites et Moyennes Entreprises.

(1) Mis en place à la fin de l’année 2021, le bouclier tarifaire permet de plafonner la hausse des factures d'électricité à 4 %. Il sera prolongé ensuite avec une hausse maximale du prix fixée à 15 % à compter de janvier 2023, et à 15 % également pour l'électricité à compter de février 2023. Les TPE de moins de 10 salariés avec deux millions d’euros de chiffre d’affaires et ayant un compteur électrique d’une puissance inférieure à 36 kVA sont éligibles à ce bouclier.