Le 17 novembre 2022, les services d'instruction de l'Autorité de la concurrence ont procédé à "des opérations de visite et saisie inopinées auprès d'entreprises suspectées d'avoir mis en œuvre des pratiques anticoncurrentielles dans le secteur de l’approvisionnement en lait de vache". C'est ce qu'indique un communiqué de l'Autorité de la concurrence.

Présomption d'innocence

Ces visites ont été réalisées "après autorisation d'un juge des libertés et de la détention". Dans son communiqué, l'autorité précise qu'à ce stade, "ces interventions ne préjugent bien évidemment pas de la culpabilité des entreprises concernées par les pratiques présumées, que seule une instruction au fond permettra le cas échéant d'établir". Elle souligne également qu'elle ne fera aucun commentaire "ni sur l'identité des entreprises visitées ni sur les pratiques visées".

"Il y a eu des saisies de documents chez Sodiaal, Savencia, Eurial et Lactalis", a indiqué à l'AFP un industriel concerné, confirmant une information du Figaro. "Nous confirmons la visite hier [jeudi] de l'Autorité de la concurrence dans nos bureaux de Paris. À ce stade, nous ne pouvons pas commenter les raisons de cette visite. Nous sommes sereins, et nous tenons à disposition des autorités", a réagi dans un communiqué Sodiaal.

Un porte-parole du groupe normand Agrial a confirmé à l'AFP la visite des inspecteurs de l'Autorité dans les locaux de sa branche laitière, Eurial, qui produit notamment le fromage Soignon. Sollicités, le numéro un du lait Lactalis n'a pas souhaité faire de commentaire et Savencia n'avait pas répondu dans l'immédiat. Le géant Danone, quant à lui, a indiqué à l'AFP ne pas avoir reçu la visite des autorités.

"Optimiser la collecte"

Selon l'industriel s'exprimant sous couvert d'anonymat, l'Autorité de la concurrence se penche sur "un principe qui existe depuis des décennies qui consiste à optimiser la tournée de collecte". Les laiteries collectent fréquemment le lait d'un éleveur présent à proximité, même s'il est sous contrat avec un concurrent. Les transformateurs font ensuite leurs comptes et se remboursent entre eux.

"Plus la collecte est courte, plus vous minimisez les risques sanitaires", défend l'industriel pour qui la pratique présente aussi un intérêt "écologique" en limitant les kilomètres parcourus par les camions. Cela permet également aux éleveurs de choisir l'industriel qui les paiera, selon cette source. "C'est un vieux sujet sur lequel l'Autorité de la concurrence a déjà tenté d'intervenir", affirme un autre acteur du secteur.

Sur son site internet, l'interprofession du lait Cniel parle d'"échanges de bons procédés entre les laiteries". Elle n'a pas souhaité commenter l'enquête en cours.