"En matière d’élevage, la France fait-elle encore le choix de la souveraineté et de la durabilité ? Ou a-t-elle, sans en informer ses éleveurs ni les consommateurs, radicalement changé d’orientation pour suivre finalement la voie d’une mondialisation ultra-libéralisée ?" questionnent les fédérations nationales des producteurs de lait (FNPL), bovine (FNB) et ovine (FNO).

Dans une lettre ouverte à l'attention du président de la République, les associations syndicales des filières du lait et de la viande disent se sentir lésées des récentes déclarations ou décisions prises par le gouvernement français sur les accords commerciaux. 

Une vision collective "largement brouillée"

Alors que la Présidence française du Conseil de l'Union européenne (UE) avait fait des "clauses miroirs" l'une de ses priorités dans le cadre de la politique commerciale communautaire, les signaux envoyés par le gouvernement semblent aujourd'hui bien différents, estiment les trois fédérations. 

Les organisations syndicales pointent d'abord le "plein soutien" de la France à la conclusion de l'accord commercial avec la Nouvelle-Zélande, "qui acte l’ouverture du marché européen à droits de douane nuls ou réduits à plusieurs dizaines de milliers de tonnes de produits laitiers, viandes bovines et ovines et ce, sans que ces concessions commerciales ne soient conditionnées au respect des normes d’élevage européennes en matière de traçabilité, de bien-être animal ou d’utilisation des produits phytosanitaires".

Dans une déclaration faite à la presse le 17 octobre lors d'un Conseil à Bruxelles, le commissaire à l'Agriculture, Janusz Wojciechowski, se félicitait à nouveau de la réussite de cet accord. Il réaffirmait sa volonté "d'ouvrir de nouveaux marchés et de continuer à œuvrer pour un commerce aussi libre que possible, sans oublier de protéger les secteurs sensibles tels que l'agriculture". 

La porte ouverte à des viandes issues d'élevages "ultra-industrialisés"

Dans leur lettre, les syndicats s'insurgent également du soutien de la France aux négociations en cours entre l'Union européenne et l'Australie, où la libéralisation partielle des produits les plus sensibles tels que la viande bovine, ovine ou encore les produits laitiers serait en jeu.

Mêmes inquiétudes au sujet des traités toujours en cours avec le Canada et le Mexique. La France "réaffirme son soutien", reprochent les syndicats, alors que "ces deux accords ouvrent, pourtant, de formidables opportunités commerciales sur le long terme aux élevages bovins ultra-industrialisés de ces pays sans aucune condition liée au respect des normes de production européennes visant à protéger la santé, l’environnement et le bien-être des animaux".

Pour la FNB, la FNO et la FNPL, la France et l'Europe doivent "arrêter un choix, s'y tenir et l'assumer".