Les jours rallongent, l’herbe reprend de la vigueur, et les bovins sont dans les starting-blocks. « En général, le déprimage démarre avec comme repère 300 °C de température cumulée et 10 cm de hauteur pour l’entrée et 5 cm pour la sortie des animaux », indique Élise Michel, conseillère prairies à la chambre d’agriculture des Pays de La Loire.

Inspecter les parcelles

Le grand « lâcher » des animaux requiert toutefois quelques préparatifs. « Il convient d’inspecter toutes les parcelles qui seront pâturées, souligne Hervé Baudet, vétérinaire conseil chez Seenovia. L’état et le bon fonctionnement des clôtures et des points d’abreuvement, ainsi que la propreté de ces derniers doivent notamment être vérifiés. » Aussi, les potentiels corps étrangers répandus au gré des travaux hivernaux et des tempêtes peuvent représenter un danger. « Si des feux ont été réalisés sur la parcelle, à la suite de l’entretien des haies et des arbres qui l’entourent par exemple, il convient de vérifier les restes », poursuit le vétérinaire, qui alerte, par ailleurs, sur la toxicité­ des branches de laurier-cerise, de thuya et d’if pour les bovins.

Selon la taille des troupeaux mis à l’herbe, la portance et l’état des chemins d’accès sont à considérer pour éviter des problèmes de locomotion. « Il peut être judicieux de stabiliser les abords des abreuvoirs », avise Hervé Baudet.

Limiter le stress

Les animaux méritent aussi une attention particulière. « Il est important de réaliser un contrôle de gestation des génisses avant la mise à l’herbe. Si l’insémination est envisagée au pâturage, il faut s’assurer que le nécessaire de contention est à disposition. »

Le jour J, il est préférable de sortir les bêtes le matin. « Si elles cassent une clôture et s’échappent, cela limite le risque que le jour tombe avant de les récupérer. Effectuer la mise à l’herbe en début de matinée permet aussi d’avoir une luminosité moins violente, donc de limiter le stress. » Si un transport en bétaillère est nécessaire jusqu’à la parcelle, une conduite douce est essentielle. « À défaut, le stress peut provoquer des avortements. Les à-coups risquent de blesser les animaux et d’engendrer des boiteries. »

Transition alimentaire

Afin d’éviter les problèmes métaboliques, une phase de transition est indispensable. « Il s’agit d’habituer la flore ruminale aux changements de rythme alimentaire pendant au moins trois semaines, prévient Élise Michel. L’effet combiné de l’ingestion d’herbe jeune (1) et des faibles températures est souvent précurseur de fatigues musculaires, de pertes d’état, voire dans des cas plus extrêmes, de tétanies d’herbage. » Pour Hervé Baudet, « on peut commencer par une heure de pâturage par jour, puis allonger progressivement. »

En parallèle, une complémentation est conseillée. « Les fibres et l’énergie sont à prioriser, appuie Élise Michel. Aussi, la distribution de 40 à 60 g/jour d’oxyde de magnésie ou magnésie calcinée est une sécurité à prendre en cas de mise à l’herbe rapide et de conditions froides et humides, car le bovin ne sait stocker plus de 4 à 5 jours de ses besoins en magnésium. » Pendant cette période délicate, « la règle d’or reste la surveillance régulière des animaux », conclut Hervé Baudet. Vincent Guyot

(1) Lire aussi La France agricole  n° 3943 du 18/02/2022, p.31.