«L’exemple est caricatural, mais distribuer 100 g d’aliment en trop par rapport à leurs besoins à une troupe de 400 brebis, revient à gaspiller plus de 14 t d’aliment à l’échelle d’une année », rappelait Barbara Fança, le 13 mai lors d’un webinaire (Inn’Ovin) animé par l’Institut de l’élevage. Repérer le moindre gramme distribué à mauvais escient dans la ration est forcément payant.

Calibrer les outils

« La première cause de surconsommation de concentrés est due à un mauvais calibrage des outils », ajoute-t-elle. Peser les seaux, calibrer le distributeur en salle de traite régulièrement, ou au moins une fois par an, s’impose, car la densité de l’aliment diffère d’une année à l’autre, voire d’une livraison à une autre.

Cibler la bonne brebis

Connaître l’hétérogénéité de son troupeau ou de son lot est aussi un atout pour choisir l’animal dont on va couvrir les besoins. Si l’on cible une brebis dont la production laitière est trop haute, la ration sera excédentaire pour beaucoup trop d’entre elles.

Il peut être, par ailleurs, intéressant d’évaluer l’efficacité de la ration en comparant le niveau de production du lot avec la production permise par la ration. « Un bon fourrage ou une bonne pâture, c’est un aliment presque complet », souligne Barbara Fança. Il doit être pris en compte à sa juste valeur. D’où l’intérêt de réaliser des analyses.

Autre piste d’ajustement : la pesée des refus. Elle permet d’évaluer « l’ingéré » et de corriger les quantités distribuées si nécessaire.

Ajuster les quantités

« Économiser, c’est ajuster plus fréquemment en fonction notamment du niveau de production lorsqu’on en a la possibilité, poursuit Barbara Fança. La production diminue forcément après le pic, c’est physiologique. Alors, même si l’on est tenté de maintenir le niveau des concentrés pour prolonger la production, elle baisse inexorablement. »

Mieux vaut attendre toutefois que tous les animaux aient passé leur pic. Après environ deux mois de lactation, la distribution des concentrés peut commencer à baisser. Ensuite, l’adaptation peut se faire au moins une fois par mois en fonction de la production. « C’est plus facile pour les éleveurs au contrôle laitier, sinon, le niveau du tank donne une bonne information sur la production de lait des brebis », explique Barbara Fança.

Quand c’est possible, la mise en place de lots, physiques ou virtuels, est une bonne stratégie. « S’ils sont physiques, leur intérêt mérite d’être évalué ainsi que leurs conséquences pratiques en termes de travail, précise-t-elle. L’allotement peut s’effectuer par niveau de production et/ou par catégorie. Plus le niveau de production est hétérogène, plus il est intéressant de faire des lots. »

L’étude Autelo, conduite entre 2015 et 2019, a confirmé l’intérêt de l’allotement, mais elle a également montré que la démultiplication des lots était inutile­, même si le Dac facilite sa mise en œuvre.

Concrètement, l’étude a, par exemple, montré que la constitution de trois lots virtuels, au Dac en salle de traite, pendant­ 92 jours pouvait permettre de produire 3 l de lait en plus par brebis tout en économisant 8 kg de concentré par animal. Rapporté au troupeau de 400 brebis conduit pendant 180 jours, c’est une économie de 6 t d’aliment qui peut être réalisée. Comme quoi, les petits ruisseaux font aussi les grandes rivières.

Marie-France Malterre