«Une réflexion engagée de longue date au sein de notre Cuma sur l’évolution de l’élevage dans nos territoires de montagne nous a fait cheminer lentement mais sûrement vers le regroupement de nos deux exploitations », expliquent de concert Benoît Julhes et Henri Calvet, voisins de 6 km avant de s’associer le 1er avril 2021. Le père de Benoît, parti en retraite depuis le 1er janvier 2022, a été remplacé par la sœur d’Henri, Marie-Françoise Calvet, qui a quitté son poste d’assistante-comptable. « Une opportunité pour s’installer qu’il fallait saisir ! », selon la nouvelle associée de 52 ans, habituée à aider son frère au sein de l’exploitation familiale.

Traite robotisée

Avant la décision de se rapprocher d’Henri, Benoît allait être rapidement confronté à un problème de main-d’œuvre avec un atelier de 100 truies en naisseur-engraisseur et 80 vaches allaitantes salers. « Je ne parvenais pas à trouver la bonne voie pour mon exploitation au départ de mon père », confie l’exploitant de 37 ans. « Si j’étais resté seul, je ne serais plus éleveur », assure de son côté Henri.

Les deux éleveurs ont profité de la tranquillité des mois de confinement pour mûrir leur projet. Quelles ressources garder et pour quel revenu ? La production porcine mise en place par Benoît à son installation en 2011 n’est pas remise en cause. L’atelier de 7 bandes de 14 truies affiche de bons résultats techniques avec 13 porcelets sevrés par portée et un indice de consommation de 2,85. De plus, 3 000 porcs charcutiers sont vendus chaque année en Porc Montagne. Le lisier permet d’être autonome pour la fertilisation des terres.

Les simulations économiques sur le devenir des deux troupeaux bovins ont nettement fait pencher la balance en faveur du lait. « Nous avons dès lors décidé de doubler le cheptel laitier tout en conservant un petit nombre d’allaitantes pour valoriser des parcelles morcelées et éloignées », expliquent les deux associés.

Le bâtiment construit en 2006 par Jean-Pierre Julhes pour 80 vaches allaitantes est réaménagé pour des laitières. « Il avait été conçu sans aucun poteau intérieur pour être facilement transformé. Nous avons sans peine rajouté des logettes. Alors que la réflexion du type de salle de traite était engagée, l’idée d’installer un robot s’est imposée à nous », précisent les éleveurs. Un automate à double stalle est fonctionnel depuis le 6 décembre 2021. « Nous ne regrettons pas notre choix qui apporte du confort aux animaux comme aux éleveurs. Les vaches s’y sont habituées en quinze jours. »

Les 30 hectares qui entourent le bâtiment permettent de faire pâturer les vaches. « C’est cohérent par rapport à notre système basé sur la valorisation de l’herbe. Là encore, nous sommes agréablement surpris par les facultés d’adaptation des laitières à franchir la porte automatique après leur traite », précise Benoît.

Autonomie fourragère

L’investissement réalisé pour le bâtiment et le robot s’élève à 420 000 euros, dont 130 000 euros de subventions. « En doublant la production laitière, nous comprimons les charges », précisent les trois associés.

La modernisation de la production laitière, la complémentarité de profils des trois associés et une amélioration de l’EBE (voir l’infographie) sont autant d’éléments encourageants pour l’avenir de la nouvelle structure.

« Nous sommes autonomes en fourrages et en énergie grâce aux céréales. Nous avons encore le nez dans le guidon durant cette période d’autoconstruction et de transition pour chacun. Une bonne organisation du travail combinant une spécialisation des tâches du quotidien et une polyvalence de chacun permettra de dégager du temps libre. Nous avons à cœur de créer une exploitation dynamique qui fasse envie à de futurs nouveaux associés. » Monique Roque Marmeys