Quand Michaël Derramond s’est installé avec son père à Saint-Félix-de-Rieutord, dans l’Ariège, ils ont décidé de simplifier leur façon de travailler afin de mieux utiliser l’herbe, de réduire les achats et d’alléger les tâches. « Ce n’était pas évident d’arrêter de faucher pour miser sur le pâturage en s’assurant de ressources en herbe tout au long de l’année. Il nous a fallu trois ans pour bien caler notre nouveau système », relève Michaël.

Alléger le travail

Son père conduisait 1 000 brebis tarasconnaises avec trois saisons d’agnelage et produisait des agneaux de bergerie en label rouge. « Nous sommes revenus à un seul agnelage avec un petit rattrapage et nous commercialisons des agneaux à engraisser de 15 à 20 kg vifs », note le jeune éleveur.

De l’herbe au bon moment

Les brebis sont désormais conduites en plein air. Les 50 hectares qui fournissaient des céréales et du foin ont été convertis en prairies permanentes multi-espèces, réservées essentiellement au pâturage. « S’il y a ponctuellement beaucoup d’herbe, nous faisons une coupe de foin en utilisant le matériel de la Cuma car nous avons revendu le nôtre. »

Ces 50 ha sont complétés par 100 ha de pâtures et 150 ha de parcs boisés. À l’automne, les brebis y trouvent des glands qui assurent le « flushing­ » avant l’introduction des béliers en octobre. « Comme elles en ont tous les jours à disposition, elles n’en consomment que de petites quantités à la fois qu’elles digèrent sans difficulté », observe Michaël.

Le pâturage tournant dynamique démarre début février. « L’herbe jeune assure la préparation à l’agnelage et le soutien de la lactation », indique l’éleveur. Les brebis changent tous les jours de parc. Ceux-ci font 1 ou 2 ha suivant la quantité d’herbe disponible. « En évitant le surpâturage et en irriguant l’été pour que les prairies ne souffrent pas trop de la sécheresse, la production d’herbe s’est améliorée. Sur 30 ha, nous arrivons aujourd’hui à faire 8 à 10 tours au printemps dans ces parcs. À l’automne, les regains sont plus fournis. »

Les brebis agnèlent au pré. « Chaque matin, nous récupérons les agneaux nés de la veille et nous les déplaçons avec leurs mères dans le parc précédent. Il reste assez d’herbe pour nourrir celles-ci durant quelques jours. En petit lot, l’adoption se fait plus facilement », explique-t-il. Ces lots avec agneaux sont ensuite regroupés dans des parcs périphériques plus grands installés dans les pâtures.

Fin juin, les agneaux, vendus entre six et huit semaines d’âge, sont presque tous partis. Les brebis, à l’entretien pour la plupart, trouvent alors de l’herbe et de l’ombre dans les zones boisées, où elles changent de parc toutes les semaines. « Quand il fait très chaud, elles perdent un peu d’état mais elles récupèrent facilement. » À l’automne, elles reviennent sur les regains puis dans les parcs boisés. « Durant l’hiver, nous les rentrons trois ou quatre semaines en bergerie s’il n’y a plus d’herbe dehors. Mais ces deux dernières années, cela n’a pas été nécessaire. C’est mieux car cela évite les transitions alimentaires », souligne Michaël.

Des frais vétérinaires réduits

Les associés n’utilisent plus aucun concentré. « Nos achats se limitent à 2 tonnes de sel de mer supplémenté en iode et sélénium », chiffre Michaël. Les frais vétérinaires se sont réduits. « Nous faisons des coprologies depuis deux ans sans avoir besoin de traiter », poursuit-il. Il n’y a plus de frais de mise en culture et la consommation de carburant a chuté. Entre la réduction des charges et la revalorisation des primes ovines, l’EBE a ainsi grimpé de 20 000 € en 2009 à 100 000 € en 2020.

« Pour améliorer encore la production d’herbe, nous achetons du fumier à un éleveur de montagne qui en a trop, pour en épandre au printemps sur les pâtures et les prairies fauchées », ajoute-t-il. Dans les pâtures, il broie régulièrement les genêts. Dans les parcs boisés, il fait de temps en temps des éclaircies. « Si les ressources le permettent, nous envisageons de monter à 1 600 brebis. » Frédérique Ehrhrard