«Nous avons gagné 0,5 agneau par brebis depuis que nous sélectionnons les gènes d’hyperprolificité sur une partie des brebis et des béliers », explique Aurélien Teyssier. Lui et son frère Benjamin élèvent 450 noires du Velay, 15 vaches allaitantes aubracs et gèrent un atelier de 174 places de veaux de boucherie. L’exploitation familiale, située à 1 050 m d’altitude à Saint-Étienne-du-Vigan (Haute-Loire), comp­te 130 ha de SAU, dont 15 ha de céréales autoconsommées, 4 ha de lentilles vertes du Puy AOP, 8 ha de prairies temporaires et 103 ha de prairies permanentes. »

Croisement charollais

Les brebis sont conduites en trois agnelages en deux ans, avec un tiers en race pure et deux tiers en croisement charollais pour chaque lot. « Pour 2020-2021, les agnelages de juillet-août ont affiché 178 % de taux de prolificité et 14 % de taux de mortalité, ceux de novembre 182 % et 18 %, et ceux de mars 190 % et 12 %, précise Didier Cathalan, technicien à la chambre d’agriculture et animateur de la section noire du Velay. La productivité numérique sur le troupeau atteint 196 % (222 % pour les adultes) avec un âge moyen de 16 mois au premier agnelage. L’intervalle agnelage-agnelage est de 255 jours. »

Des résultats en lien direct avec la recherche des gènes d’hyperprolificité sur leurs animaux par les frères Teyssier. « Nous constations que la noire du Velay était prédisposée à des naissances multiples. Des recherches conduites avec l’Inrae, depuis 2012, ont révélé l’existence du gène Lacaune LL porté par des animaux homozygotes ou hétérozygotes, ainsi que du gène XN porté sur le chromosome X. Ce sont tous deux des gènes d’hyperprolificité. Un père porteur de XN le transmettra donc à toutes ses filles mais à aucun de ses fils », explique Aurélien, qui préside la section noire du Velay à ROM- Sélection (1).

En 2013, 17 % des agnelles et 7 % des brebis étaient porteuses d’un gène d’hyperprolificité chez la famille Teyssier. Ils achètent un bélier porteur tous les quatre ans. « L’hyperprolificité est intéressante à condition de bien la gérer. Certains éleveurs n’en veulent pas », souligne Didier Cathalan.

Soins aux agneaux

« Une attention particulière est prêtée aux agnelages. Nous comptons 17 % de naissances simples, 53 % de doubles et 30 % de triplés ou plus sur les brebis adultes. Chaque agneau surnuméraire est enlevé de sa mère, il reçoit 10 cc de kéfir pour ensemencer l’estomac dans l’heure suivant sa naissance et 0,5 l de colostrum bovin dans les premières 24 h », indique Aurélien. Il est ensuite dirigé dans un box d’où il a accès à un Dal (distributeur automatique de lait) ou « louve » afin d’avoir à disposition du lait chaud à volonté.

Durant ces six semaines précédant leur sevrage, les agneaux ont aussi à leur disposition de l’argile, du foin et un aliment concentré. « Depuis sept ans, le Dal nous a convaincus en raison du gain de temps par rapport à du biberonnage et en termes de réussite pour la croissance. Il en passe environ une centaine par an. Nous y dirigeons aussi un des jumeaux des agnelles pour préserver la carrière des mères et des agneaux chétifs sans qu’ils soient forcément surnuméraires. » Monique Roque-Marmeys

(1) Races ovines des massifs, regroupant les races noire du Velay, rava, grivette, limousine, blanche du Massif central et bizet.