Au Gaec du Rouveret, le chantier de tonte mobilise une dizaine de personnes afin de réaliser en même temps un premier tri des toisons. « Nous sommes engagés dans la création d’une filière locale de valorisation de la laine, et nous prenons des précautions pour préserver la qualité de celle-ci », explique François Mantes, qui élève 450 brebis lacaune lait avec Maria Baret à Mas-Saint-Chély, en Lozère.

 

Conserver la longueur des fibres

Dans la zone de la bergerie où travaillent les trois attrapeurs et les trois tondeurs, ils installent au sol une grande bâche sur laquelle ils posent les toisons, afin d’éviter qu’elles ne se salissent. Lucie, la fille de François, les récupère rapidement et les porte aux trieurs. Elle balaie également la bâche de temps en temps afin que celle-ci reste propre.

 

« La veille de la tonte, il vaut mieux rentrer les brebis pour éviter que leur toison ne soit humide du fait de la rosée. Sinon la tondeuse circule moins bien », explique Antoine, un des tondeurs. Pour conserver au mieux la longueur des fibres, l’idéal est que les opérateurs puissent travailler avec des gestes larges, sans forcer ni faire de crans. Dans ce même objectif, mieux vaut fermer la bergerie durant la tonte. « Cela fait monter la température. Les brebis suent et la tondeuse glisse mieux », note-t-il.

 

Un premier tri rapide

Deux à trois trieurs se relaient pour inspecter les toisons, bien étalées sur une grille posée au-dessus du tapis d’alimentation. « Nous éliminons les bordures, où les fibres sont trop courtes, ainsi que les zones feutrées ou remplies de débris de paille », note Maria. Les zones avec des marques peintes doivent également être enlevées. « Pour éviter de perdre de la laine, nous positionnons les marques sur la tête ou la queue, et nous utilisons des marqueurs gras plutôt que des bombes de peinture », précise François.

 

Afin d’apprécier la qualité de la laine, les trieurs retournent la toison et tirent de temps en temps une mèche. « Les fibres peuvent être plus ou moins longues », relève Carole, une éleveuse venue aider les deux associés. Les années précédentes, François et Christelle, une autre éleveuse, se déplaçaient bénévolement d’un chantier de tonte à l’autre afin de trier les toisons en fonction de la longueur des fibres. « Cette année, nous avons simplifié l’organisation. Chaque éleveur réalise seulement un premier tri. Le négociant qui collecte les toisons l’affinera avant de les envoyer au lavage », explique François.

Avec une production de 1,1 kg par brebis et un prix de 0,70 €/kg, la vente de laine rapporte 0,77 €/brebis. La rémunération des tondeurs est de 1,30 € et celle des attrapeurs de 0,70 €, ce qui fait un coût de 2 €/brebis. « La vente de laine ne couvre qu’une partie des frais. Mais nous devons de toute façon tondre pour le bien-être des animaux. Et nos laines, au lieu d’être bradées sur le marché chinois à 0,10 €/kg, sont revalorisées et transformées en beaux vêtements, fabriqués en Lozère. C’est une satisfaction ! »

Frédérique Ehrhard