Un peu moins d’une heure, c’est le temps qu’il faut à Pierre Grancher pour faire changer de parcelle seul, chaque jour, ses huit cent cinquante brebis (trois lots) au pâturage ! En Gaec avec son épouse Laurianne à Boussac-Bourg, dans la Creuse, le jeune exploitant a tout prévu pour simplifier au maximum le travail. « La valorisation de l’herbe pour réduire les charges est aussi une de nos priorités, c’est pourquoi la pousse coïncide avec le besoin élevé des animaux », précise-t-il d’emblée.

En une heure, la surveillance des animaux n’est pas bâclée pour autant. Les clôtures sont prêtes pour la rotation quotidienne des trois troupeaux (mères suitées d’un agneau, de deux agneaux et les agnelles). « Je change le bac d’eau, mais au printemps, les besoins sont faibles car l’herbe est gorgée d’eau », explique-t-il. Ainsi, une fois ce travail d’astreinte terminé, Pierre, qui est aussi champion de France de tonte en titre, part accomplir des chantiers de tonte. « J’ai parcouru la France avant de m’installer, ajoute-t-il. Pendant quelques années, je suis allé en Nouvelle-Zélande pour quelques mois, mais aujourd’hui, je ne me déplace que dans les élevages du département. »

Le regroupement des mises bas est en lien avec la synchronisation des chaleurs. « À la mi-août, nous conduisons quatre béliers vasectomisés dans notre lot de sept cents brebis adultes », expliquent les éleveurs. Ils sont retirés le 1er septembre afin de laisser la place aux béliers sélectionnés pour la reproduction. Ils ne restent toutefois que le temps d’un cycle, dix-sept jours, pour concentrer au maximum le travail. Les brebis sont divisées en trois lots, qui accueillent chacun quatre béliers. En 2021, deux mois après le départ des mâles, l’échographie détectait 93 % des femelles gestantes. « Nos brebis sont toujours en état grâce au pâturage dynamique de nos prairies, précise Laurianne. Nous réalisons tout de même un flushing, pour qu’elles soient en phase de prise de poids. Ainsi, nous leur réservons une parcelle de sorgho fourrager semé fin juin. »

550 agnelages en 6 jours

Après le contrôle de gestation, les brebis vides rejoignent le lot d’agnelles. Ce dernier est toutefois mis en lutte pendant deux cycles en novembre. Un mois avant l’agnelage, en janvier, les brebis qui attendent un agneau sont séparées de celles qui en attendent deux, afin de les complémenter au plus juste de leurs besoins avec un méteil grain produit sur l’exploitation. Les troupeaux sont alors rentrés en bergerie. Les agnelages débutent fin janvier, mais tout va très vite en raison de la lutte courte. « Cette année, nous avons enregistré cinq cent cinquante mises bas en six jours », précise Laurianne. Ce pic de travail n’est pas un problème pour les exploitants. Les mises bas se passent bien. « Nos brebis sont issues d’un croisement entre trois races, poursuivent-ils. Elles ont 50 % de sang suffolk (conformation…), 25 % de sang bleu du Maine (pattes fines et qualités laitières) et 25 % de romney (bonnes patte pour la valorisation de l’herbe).

Les lots sortent au pâturage au bout d’un mois autour des bâtiments. Les prairies les plus riches (chicorée, plantain et trèfle) sont réservées aux brebis suitées de deux agneaux.

Des parcelles d’engraissement

« Le deuxième tour de pâturage commence aux alentours du 1er avril. C’est le moment où la pousse explose et où certains paddocks sont débrayés pour réaliser du foin ou de l’enrubannage », explique Pierre. Les brebis comme les agneaux ont toujours de l’herbe riche à disposition (lire l’encadré). Ainsi, au sevrage, début juin, 50 % des mâles sont vendus. Ils pèsent 20 kg de carcasse. Les autres agneaux, mâles et femelles, partent ensemble à l’engraissement sur les parcelles de chicorée × plantain × trèfle. Leur rotation sur les parcelles est également quotidienne. Les départs ont lieu par lot tous les quinze jours.

Laurianne et Pierre restent vigilants sur le parasitisme. Ils profitent des pesées régulières pour réaliser des coprologies et traiter lorsque cela est nécessaire. Ainsi, en septembre, tous les agneaux sont vendus, sans avoir consommé le moindre concentré. M.-F. Malterre