« Je travaille au contact de mes animaux. Je circule dans le parc. Ils viennent me voir, repartent. C’est une approche totalement différente de ce que je connais avec la cage. Au départ, cela m’a beaucoup surpris. Je pensais qu’ils seraient plus craintifs », témoigne Frédéric Blot, producteur de lapins à Domalain, en Ille-et-Vilaine.

 

Confort et bien-être

Frédéric dispose d’un élevage de 750 mères naisseur-engraisseur. Depuis un an, il teste un nouveau mode de logement alternatif à la cage, baptisé Cuniloft, issu du projet Lap Avenir 2, pour répondre aux nouvelles attentes de la société en matière de bien-être animal, mais également pour le confort de l’éleveur (lire l’encadré). Sa particularité : il s’agit d’un logement du lapin au sol et en groupe. Les enclos donnent plus de liberté à l’animal, et lui permettent d’exprimer ses comportements naturels : se déplacer, bondir, ronger, se cacher… Pour cela, ils ont été équipés de nombreux aménagements : mezzanine, terrier, râtelier (voir photos). Par rapport à la cage, l’enclos offre 60 % d’espace supplémentaire par lapin. Il est équipé de plusieurs mangeoires et pipettes. Les animaux sont conduits en groupes beaucoup plus importants.

 

Pour le confort des animaux, le sol est en caillebotis plastique. Il n’y a pas de grillage. Le bâtiment bénéficie de la lumière naturelle grâce à des fenêtres, ou un variateur de lumière imitant l’aube et le crépuscule. À Domalain, sur les quatre salles d’engraissement, deux utilisent ce système alternatif à la cage. Les autres sont restées en clapier classique pour permettre des comparaisons en conditions réelles. Ce bâtiment, à l’origine un centre de sélection, dispose de salles vitrées, ce qui a facilité l’observation des animaux.

 

Meilleur accès à l’alimentation

« En comparant les deux systèmes de logement, nous avons constaté que les lapins sont plus actifs et se déplacent 4,5 fois plus. Ils passent 2,3 fois plus de temps à explorer », explique François Menini, de l’équipe recherche et développement de MiXscience. De 40 à 60 % des animaux utilisent les terriers. Compte tenu de la conduite, il y a aussi beaucoup plus d’interactions entre individus. Par ailleurs, au niveau de l’alimentation, un meilleur accès et davantage de temps de repas ont été observés. « Ce concept, c’est aussi un vrai plus pour l’éleveur en matière de relation homme-animal », ajoute Frédéric Blot.

 

Cette première année a été une phase d’adaptation, de mise au point et de découvertes. Les résultats techniques se maintiennent. « Les taux de mortalité sont équivalents, en moyenne, à ceux en cage. Pour les lots à problème, cela peut dériver très vite. Le parc nécessite une très bonne technicité », fait remarquer François Menini.

Évidemment, ces aménagements entraînent des coûts pour le producteur. Il y a d’abord l’investissement dans le matériel. « Le temps de travail est augmenté concernant la partie lavage et le transfert des animaux », complète l’éleveur. Il y a aussi moins de lapins vendus chaque année par la baisse de la densité. Le coût de production a augmenté de 15 à 20 %. « L’objectif est de répercuter les surcoûts pour que ce soit économiquement viable », indique Frédéric Blot. C’est tout l’enjeu pour conserver des producteurs et assurer le renouvellement des générations.

 

Isabelle Lejas