« Ils sont allés trop loin, ils nous radicalisent » : des éleveurs ne digèrent pas de devoir confiner leurs volailles à cause de la grippe aviaire, jugeant qu’ils « trompent » des consommateurs.

 

Comme la mesure de confinement est imposée par l’État, les étiquettes des poulets confinés n’ont pas à être modifiées, elles peuvent donc continuer légalement à afficher « plein air ».

 

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Éviter une énième crise

L’objectif des mesures de confinement mises en place par le gouvernement est d’éviter la répétition du scénario de l’hiver dernier : la grippe aviaire a fait des ravages dans le Sud-Ouest, entraînant l’abattage de plus de 3,5 millions de volailles, principalement des canards.

 

Pour Jean-Paul Gobin, éleveur de volailles bio dans les Deux-Sèvres, c’est « niet ». Il refuse d’enfermer ses canards. Il est pourtant installé dans l’une des près de 6 000 communes françaises où le confinement est obligatoire depuis le 10 septembre 2021, en particulier le long de la façade atlantique et du couloir rhodanien — des zones humides prisées par les oiseaux migrateurs, susceptibles d’être porteurs de l’influenza aviaire et donc d’introduire ce virus dans les élevages.

 

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« Un mode d’élevage vertueux, même sans plein air »

« On ne peut pas ne pas respecter la loi. Parce qu’on met ses voisins, toute une filière en danger », réprouve Bernard Tauzia, le président du syndicat des volailles fermières (Synalaf) et éleveur de volailles fermières des Landes. « Notre mode d’élevage n’est pas remis en cause, c’est exagéré », ajoute-t-il.

 

Le président des Fermiers de Loué — qui représentent autour de 20 % de la production nationale de volailles sous label rouge et bio — se demande si les éleveurs réfractaires « ne jouent pas contre leur camp ». « On pourra sortir encore nos volailles, on peut faire du bon boulot avec ça, chacun doit être bien responsable », insiste Yves de la Fouchardière, président des Fermiers de Loué.

 

Il met aussi en avant que, même sans accès à l’extérieur, ce mode d’élevage reste plus vertueux que le standard, avec « des durées d’élevage trois fois plus longues, deux fois moins de volailles dans le bâtiment ». Il reste que les éleveurs manifestent une forme de découragement.

Un risque de perte de débouchés à l’exportation

Le niveau de risque en France est « modéré » depuis la découverte d’un premier cas dans une basse-cour des Ardennes en septembre. Si le risque passait à « élevé », tous les éleveurs français de volailles devraient enfermer leurs animaux — comme aux Pays-Bas depuis le début de la semaine.

 

La filière avicole française craint que le virus atteigne un élevage professionnel, ce qui ferait perdre à la France son statut « indemne » vis-à-vis du virus et bloquerait des débouchés à l’exportation.

 

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« Moi, j’en ai rien à faire de l’exportation des poulets, ce n’est pas mon problème », peste Sylvie Colas, porte-parole de la Confédération paysanne du Gers, où elle élève des poulets et poules pondeuses bio depuis 30 ans, vendus en direct. Pas encore concernée par les restrictions, Sylvie Colas l’assure : « Je n’enferme pas et je n’enfermerai pas. »

 

À l’heure actuelle, les autorités permettent de laisser les volailles de plus de dix semaines prendre l’air, dans un espace réduit. « C’est un préau de cour de récréation, c’est ridicule », s’indigne-t-elle.

 

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Pas d’accompagnement pour les éleveurs

« Ça me mine, ça me fout le moral à zéro d’avoir les poules qui ne sont pas dehors », regrettait Lucie Mainard. « Enfermer nos volailles, c’est nous asseoir sur nos valeurs, même si nous comprenons parfaitement la situation », précise à l’AFP l’éleveuse de la Vendée, qui s’interroge sur le manque d’accompagnement technique, financier, mais aussi psychologique des éleveurs devant des décisions décrétées « pour le bien collectif ».