«L’achat d’un équipement de contention a totalement changé notre vie », lance Luc Raymond à la tête de 800 mérinos d’Arles à La Bastide-des-Jourdans, dans le Vaucluse, avec sa mère Odile et son père Dominique (1). Toutes les interventions sur les animaux sont désormais pratiquées dans ce couloir, même lorsqu’il s’agit de soigner un seul d’entre eux. « Nous ne cherchons plus à coincer un animal seul dans le coin de la bergerie », ajoute-t-il. L’opération se révèle en fait toujours contre-productive.

« Le passage régulier dans le calme favorise la mise en place d’une bonne relation entre l’éleveur et ses animaux », souligne Marie Miquel, de l’Institut de l’élevage. L’accès au parc de contention, situé à l’extérieur de la bergerie, s’effectue facilement depuis tous les parcs du bâtiment. Le couloir est doté d’un système qui permet à l’opérateur de bloquer sans effort l’animal lors de son passage. « D’une simple pression sur la pédale, je fais basculer la paroi du couloir de manière à le “serrer” en douceur lorsqu’il passe à ma hauteur. » L’aménagement est utilisable par une personne seule pour exécuter tous types de traitements, tris, ou pesées, réalisées toutes les semaines à certaines périodes. « Les animaux empruntent le couloir sans appréhension ni stress, explique Luc. Le matériel nous a coûté 3 500 €, il y a trois ans, et nous ne regrettons pas notre investissement qui a réduit la pénibilité. »

Dominique construit lui-même les claies nécessaires au raccordement du dispositif. Il les ajuste en fonction des besoins. Il place, par exemple, des portillons pour ne pas avoir à escalader les barrières.

Le planning autour des agnelages est un autre point clé de l’organisation du travail du Gaec. « Il y a plusieurs périodes de mise bas, mais chacune ne dure jamais plus d’un mois », précise Luc. En octobre, par exemple, les brebis sont allotées en fonction du dénombrement réalisé à l’échographie (1, 2 ou 3 agneaux (2)). Toutes passent en case d’agnelage. Dominique en a construit plus d’une quarantaine au total dans les deux bergeries. « Je pratique les soins et les adoptions dans cette case, précise-t-il. Tous les événements sont aussi enregistrés dans le logiciel de gestion de troupeau. » Les brebis repartent ensuite dans des petits lots de 20 à 25 têtes pendant quelques jours.

Agnelages groupés

« Ce nombre réduit de brebis facilite leur surveillance sans entrer dans la case, indique Sophie Chauvat, de l’Institut de l’élevage. Cela simplifie aussi la création du lien mère agneaux. » Lorsque plusieurs personnes se relaient, des codes peuvent aider à la transmission des informations (voir l’infographie ci-dessus). « Nous déjeunons tous les jours ensemble avec ma mère, ce qui nous permet de faire le point », explique Luc.

La préparation des brebis à la mise bas reste un élément crucial de la réussite des agnelages. « Avoir des brebis bien nourries en fin de gestation avec une note d’état corporel d’au moins 3 réduit la proportion d’agnelage difficile et améliore la vigueur des agneaux à la naissance », affirme Marie Miquel. Ils sont en capacité de se lever seul et d’aller téter le colostrum que la mère produit en abondance. » C’est donc moins de travail pour l’éleveur. « La phase d’agnelage est celle où se joue le revenu », insiste Sophie Chauvat. Mieux vaut anticiper pour ne pas être débordé. »

M.-F. M.

(1) Le 28 septembre 2021, lors d’une journée de restitution du projet AmTrav’Ovin qui a eu lieu sur son exploitation sur le thème de l’organisation du travail en élevage ovin par les professionnels de la filière Paca (Institut de l’élevage, chambre d’agriculture, Maison régionale de l’élevage, la coopérative l’Agneau du soleil et le GDS). (2) Un tiers des brebis sont porteuses du gène Booroola (hyperprolificité).