La gestion du pâturage n’est pas un long fleuve tranquille. « L’herbe est une culture qui paraît simple à gérer. En réalité, c’est très compliqué ! », sourit Didier Salaün, producteur de lait à Tréflévénez (Finistère). Installé en 2015 avec ses parents sur 68 ha, il est aujourd’hui seul à la manœuvre, aidé par un salarié à mi-temps. En 2018, l’opportunité de reprendre 12 ha accessibles l’a décidé à augmenter la part de pâturage de ses 75 laitières. « J’ai la chance d’avoir de l’herbe toute l’année. Les terres ne sont pas faites pour les cultures. Je fais mes meilleurs rendements les années sèches. Une partie des surfaces est en zone humide, pâturable uniquement par les génisses », explique le jeune éleveur. Le secteur est particulièrement arrosé : il est tombé 1 400 mm l’an passé.

Suivi sur smartphone

Depuis son installation, le cheptel est resté stable. La surface de maïs, de 20 ha à l’origine, ne devrait faire que 10 ha cette année. Avec les nouvelles parcelles, les laitières disposent désormais de 47 ares accessibles/VL, contre 30 ares auparavant. Didier a donc revu l’organisation de son pâturage. De 10 paddocks de trois jours, il est passé à 23 paddocks (1,2 à 1,5 ha) d’une journée et demie, avec avance du fil avant deux fois par jour.

Pour maîtriser au mieux la conduite du pâturage, l’exploitant s’appuie sur l’application numérique Happy-Grass (lire l’encadré). Ancien contrôleur laitier, il est féru de nouvelles technologies et a été l’un des premiers à tester l’outil distribué par BCEL Ouest. Lorsque la saison de l’herbe démarre, Didier mesure la pousse avec un herbomètre une fois par semaine. « Paddock, hauteur d’herbe, effectif, entrée, sortie, fauche, rendement… Je fais tous les enregistrements sur le smartphone depuis la parcelle, via l’application. Cela évite le risque d’erreur ou de perte de papier. »

Pour l’éleveur « le vrai “plus”, c’est la valorisation de toutes les données enregistrées. » Des simulations peuvent être réalisées sur ordinateur grâce à la synchronisation de ces informations. Didier peut estimer son stock d’herbe à 15 jours, voire plus. « Mon objectif est d’avoir 10 à 12 jours d’avance. Avec le calendrier de pâturage, je sais quand débrayer une parcelle ou laquelle faire pâturer en me basant sur des indications précises. À l’œil nu, en prenant la mesure à la botte, c’est moins fiable. » Mais la prudence est de mise, car ces prévisions peuvent évoluer avec la météo. Son conseiller, Éric Loaec, a accès aux données, ce qui permet de confronter leurs points de vue.

Ces données lui permettent également de piloter sa complémentation (voir l’infographie). La ration hivernale comprend deux tiers d’ensilage de maïs, un tiers d’enrubannage d’herbe et des concentrés. Le silo est fermé du 1er avril au 15 juillet. Sur cette période, la ration est constituée uniquement d’herbe. Grâce aux simulations, Didier peut voir quand l’offre en herbe sera supérieure à la demande et l’écart avec le besoin en herbe avec ou sans complémentation. Prochain défi : ne pas ouvrir le silo avant mi-octobre.

« Lait de pâturage »

En parallèle, le suivi du rendement (fauche et pâturage) guide l’éleveur sur « la gestion du renouvellement » de ses prairies temporaires.

Autre atout relevé par le producteur : justifier du suivi du cahier des charges de sa coopérative Eureden pour la marque « Lait de pâturage. » « Avec 172 jours de pâturage par an, je remplis toutes les cases sans rien modifier sur l’exploitation (alimentation non OGM), avec un bonus de 15 €/1 000 l à la clé. »

« En faisant évoluer mon système, je cherche à tirer le meilleur parti de l’herbe pâturée », conclut Didier. Le coût alimentaire des vaches s’établit à 51 €/1 000 l/VL. La ration est économe en concentrés, avec une moyenne ingérée à 638 kg/VL pour 6 864 kg vendus/VL et par an. Toute cette organisation devrait lui permettre de se préparer au passage en bio pour lequel il est en cours de réflexion.

Lejas