Éleveurs de porcs et de volailles à Murviel-lès-Béziers, dans l’Hérault, Brigitte Allué et Jean-Michel Maeght visent l’autonomie, que ce soit pour l’alimentation ou la vente. « Ma mère a commencé à broyer des céréales pour fabriquer l’aliment des truies, car pour de petites quantités, les prix d’achat étaient élevés. En 2008, la flambée du cours des céréales nous a décidés à reprendre des terres pour les produire nous-même. Puis, en 2016, nous avons investi dans une unité automatisée pour fabriquer tous nos aliments », raconte Brigitte.

Des coûts maîtrisés

Aujourd’hui, les exploitants récoltent en moyenne 400 tonnes sur 100 hectares, avec un tiers d’orge et deux tiers de blé. « Nous développons aussi des mélanges d’orge et de pois ou de blé et de vesce, pour améliorer le taux de protéines », précise Jean-Michel. Les éleveurs achètent en complément des pois, du tourteau de tournesol et des compléments en minéraux et vitamines (CMV). « Nous travaillons avec un fabricant de CMV breton, poursuit Jean-Michel. Il établit les formules de nos aliments en fonction des besoins de chaque catégorie d’animaux et de la valeur de nos céréales, que nous faisons analyser tous les ans. »

 

 

Les agriculteurs élaborent ainsi deux formules pour les truies, gestantes et allaitantes, trois pour les porcs, premier âge de 8 à 17 kg, deuxième âge de 17 à 35 kg, puis engraissement, et deux pour leurs volailles. Les fabrications sont programmées à la semaine par lots de 500 kg. Chaque jour, l’automate prélève les ingrédients nécessaires dans les cellules de stockage, les pèse, les broie et les mélange. Une fois prêts, les aliments sont envoyés automatiquement jusqu’au bâtiment d’élevage. « Leur qualité est préservée, car ils sont ensuite distribués rapidement », souligne Jean-Michel. Disposant de paille, les deux éleveurs ont opté pour la litière dans leur nouveau bâtiment d’engraissement. « Il n’y a plus de problème d’odeurs, affirme Brigitte. Nous avons fermé la station d’épuration qui traitait nos effluents. » La fosse de cette station a été réutilisée comme fumière. Et pour stocker le lisier produit dans une partie de la maternité et du postsevrage, encore sur caillebotis, une fosse de 150 m3 suffit. « Le fumier est plus facile à stocker et remonte mieux le taux de matière organique des sols », note Jean-Michel. Les porcs, eux, apprécient la litière paillée. « Ils sont calmes et plus sociables », observe Brigitte.

 

L’investissement a atteint 80 000 euros pour l’automate et 40 000 euros pour le bâtiment qui l’abrite et les cellules de stockage. Mais au quotidien, le travail est moins pénible et plus rapide qu’avant. « Et en fonction des périodes, l’économie atteint jusqu’à 50 euros par tonne par rapport au prix d’achat des aliments du commerce », revèle Jean-Michel.

Les deux éleveurs ne sont plus dépendants des variations du prix des céréales. Ils transforment et commercialisent eux-mêmes leurs porcs, et déterminent ainsi leurs prix de vente en fonction de leurs coûts. « C’est ce qui nous a permis d’évoluer. Sans la vente directe, nous n’aurions pas pu investir dans la rénovation des bâtiments et la fabrication des aliments à la ferme », relève Brigitte.

Carcasses de 90 à 110 kg

S’agissant de la génétique du cheptel, « les truies sont issues d’un schéma de sélection PIC associant large white, landrace et duroc, et les mâles d’un croisement avec du duroc ou du piétrain qui amène du gras intramusculaire », précise Jean-Michel. L’engraissement démarre à douze semaines et dure six à sept mois. Le poids moyen des carcasses varie en fonction des saisons. « L’été il est plutôt de 90 kg, car nous avons beaucoup de demande pour les grillades. Afin d’y répondre, nous abattons les porcs plus vite », explique Brigitte. L’hiver, le poids moyen monte à 110 kg, ce qui convient mieux à la fabrication de charcuterie et de plats cuisinés. « Nous en profitons pour faire des stocks de produits transformés à vendre l’été », ajoutent les éleveurs.

Frédérique Ehrhard