Utiliser des micro-organismes vivants pour améliorer la santé de l’hôte qui les ingère, tel est le principe de l’utilisation des probio­tiques. « À la naissance, l’intestin du veau est considéré comme stérile, expose Magdéléna Chanteperdrix, chef de projet à l’Institut de l’élevage (Idele). C’est au contact de sa mère et de son environnement que l’animal va acquérir plusieurs centaines d’espèces bactériennes. Certaines sont bénéfiques, d’autres sont nocives. » Certains stress, comme un changement de régime alimentaire, peuvent engendrer une diminution des populations bactériennes bénéfiques au profit de souches pathogènes, « créant un déséquilibre au niveau de la flore intestinale », poursuit la spécialiste.

Plusieurs modes d’action

Chez le jeune veau, le recours aux probiotiques peut alors s’avérer opportun : « Ce sont en majorité des bactéries, souvent du genre Lactobacillus, Bifidobacterium, Lactococcus ou Streptococcus, ou des levures comme Saccharomyces boulardii. Leur apport peut contribuer à créer des conditions défavorables à l’établissement des bactéries patho­gènes. » Chez le veau, ces micro-organismes peuvent notamment aider à réduire l’incidence et la durée de la diarrhée associée aux antibiotiques, à gérer l’inconfort digestif ou encore à réduire le risque et la durée des infections des voies respiratoires ou intestinales. « Dans certains cas, les mécanismes d’action des probiotiques sont connus. Dans d’autres, ils ne le sont pas, même si un bénéfice pour la santé a été démontré », tempère Magdéléna Chanteperdrix. Car les effets dépendent de la souche ou du mélange de souches utilisé, ainsi que de la formulation du produit. Par ailleurs, « un probiotique consommé à une dose plus élevée peut ne pas nécessairement avoir un plus grand avantage pour la santé qu’un consommé à dose plus faible ». Plusieurs modes d’action sont identifiés pour expliquer les effets positifs des bactéries probiotiques : privation des pathogènes de leur substrat alimentaire, production d’acide lactique induisant un pH défavorable aux souches néfastes, adhésion à la muqueuse intestinale pour créer une barrière, et même production de toxines s’attaquant à des pathogènes spécifiques.

Précautions nécessaires

Toutefois, certains probiotiques peuvent causer des effets indésirables tels que des troubles gastro-intestinaux. Aussi, « comme toutes les bactéries, certaines souches probiotiques, notamment parmi les lactobacilles et les bifidobactéries, peuvent être porteuses de gènes transmissibles de résistance aux antibiotiques », indique la spécialiste.

Sur le volet réglementaire, la législation varie selon les pays de l’Union euro­péenne. En France, les probiotiques font partie de la classe des compléments alimentaires. Seules quelques spécialités appartiennent à la classe des médicaments. « Les compléments alimentaires ne nécessitent pas d’autorisation de mise sur le marché, mais ils doivent faire l’objet d’une déclaration auprès de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) », souligne Magdéléna Chanteperdrix, qui rappelle également la nécessité de consulter un vétérinaire avant l’utilisation de probiotiques.

Vincent Guyot