Avec cinq ans de recul, Nicolas Léon, éleveur à Pleyben (Finistère) bénéficie déjà du progrès génétique permis grâce à la sélection par génotypage. La production laitière a augmenté de 1 000 kg par vache et par an en moyenne, pour s’établir à 9 079 kg/VL en 2020. Il a, par ailleurs, gagné 2,4 points de TB et 1,5 point de TP. Le troupeau de vaches laitières a un Isu moyen de 128, pour une moyenne de 117 dans les élevages Évolution dans le Grand Ouest.

Des données fiables et rapides

« Nous avons démarré le génotypage à la suite d’une réunion d’information, pour avoir une meilleure connaissance de nos animaux sans attendre plusieurs lactations », explique Nicolas. À l’époque, il venait de s’installer en Gaec avec ses parents. « L’objectif était d’avoir moins de vaches et de mieux valoriser notre lait, en étant plus pertinents dans le tri. Nos critères de sélection sont la production, les taux, la mamelle pour celles faciles à traire, et les aplombs, car les animaux sont en logettes. »

Le taux de renouvellement du troupeau en production est de 31 %, avec quarante-cinq génisses attendues. Un tiers des primipares sont inséminées en semences sexées, contre 5 % des vaches. Le croisement viande est réalisé pour 25 % des vaches, et le reste est effectué en IA conventionnelle. « Comme je suis désormais seul sur l’exploitation, je souhaite élever le moins de génisses possible, en faisant davantage de croisements viande », poursuit Nicolas.

En pratique, le génotypage est réalisé deux fois par an sur des lots de génisses sevrées. L’inséminateur prélève un échantillon de cartilage dans l’oreille, qui est analysé au laboratoire Labogena de Jouy-en-Josas (Yvelines), pour décrypter son génome. L’éleveur obtient le classement de ses animaux, avec le détail de tous leurs points forts (production, santé, fonctionnels…). Ce sont des index personnalisés, donc plus fins. « On retrouve sur le terrain ce qu’il y a d’écrit sur le papier », confirme-t-il.

Piloter les accouplements

À partir de cette base, Nicolas réalise son plan d’accouplement. « Toutes les données sont intégrées dans un logiciel. L’éleveur choisit ses taureaux en fonction de sa stratégie et le calculateur met en avant les meilleures combinaisons possible, indique Rémi Guennoc, le technicien prim’holstein chez Évolution. Il va repérer les risques de consanguinité et les anomalies génétiques. On rediscute ensuite de la pertinence des choix. »

Le logiciel simule également l’impact économique des choix de l’éleveur. « Sur l’exploitation, avec la stratégie actuelle, le gain lié au progrès génétique estimé est de près de 2 500 euros sur cinq ans par rapport à une conduite sans génotypage, sans semence sexée et sans croisement viande », détaille le technicien. Sur l’élevage de Nicolas, « il y a dix à quinze génisses laitières de trop. Avec une simulation à trente-sept génisses, la moitié des vaches inséminées en semences sexées et l’autre moitié en croisement, le gain serait de 2 600 € (1) dès la première année, par rapport à la situation actuelle », poursuit-il.

Le coût du génotypage est de 39 € par animal. Il était de 65 € il y a cinq ans. « C’est un budget de près de 1 800 €, sur la base d’un contrat pour quarante-six génisses, sans compter les semences sexées et le choix de bons taureaux, calcule Nicolas. Je vois cela comme un investissement rentable, avec un effet sur le progrès génétique au bout de trois à quatre ans. Le bénéfice est plus immédiat pour la vente des veaux croisés, et la baisse du nombre de génisses. » Avec tous ces efforts de sélection menés depuis plusieurs années, l’objectif de l’éleveur est désormais d’allonger la carrière de ses vaches. Isabelle Lejas

(1) Variable selon le prix de vente des veaux commercialisés (race laitière et croisés) et des réformes.