Dans la commune de Dalem, ce petit secteur du nord de la Moselle, ces bovins trapus, au pelage noir ceinturé d’une large bande blanche détonnent. « Si j’avais demandé une pièce à chaque fois que des automobilistes s’arrêtent pour faire des photos, j’aurais un bon petit pécule », s’amuse Vincent Hoffmann. C’est à l’initiative de sa fille, Jennifer, qui reprendra l’exploitation lorsqu’il sera à la retraite, qu’il s’est lancé dans l’élevage de la galloway, il y a dix ans. L’agriculteur, aujourd’hui âgé de soixante ans, était alors céréalier sur 90 hectares. « Jennifer avait lu un article qui vantait les qualités de la race, expliquait qu’elle était robuste, peu exigeante. Elle s’est documentée, nous avons visité des élevages. Nous avons commencé avec une mère et son veau achetés en Alsace, où la galloway est un peu plus présente. Puis, nous avons acheté neuf mères à un autre agriculteur alsacien, et les taureaux en Allemagne et en Alsace. »

Vêlages de mars à juin

Le troupeau est désormais constitué de trente-six mères et leur suite, ainsi que de quatre taureaux. La reproduction se fait uniquement par la monte naturelle. Les parcelles cultivées ont peu à peu été reconverties en prairies. Des vergers à l’abandon ont été repris grâce à des échanges. « Par ailleurs, les galloways sont aussi de bonnes défricheuses », souligne Vincent.

« Nous avons choisi cette race pour sa rusticité et sa facilité de vêlage », explique Jennifer, qui conserve pour le moment un emploi salarié en dehors de l’exploitation. Les vêlages ont lieu de mi-mars à mi-juin. Les veaux pèsent de 25 à 30 kg à la naissance. Les animaux sont dehors toute l’année. « Nous avons construit un bâtiment semi-ouvert en 2013 où nous stockons les fourrages, poursuit-elle. Le long de ce bâtiment, des râteliers nous permettent de donner le foin en hiver. Il est plus compliqué de l’apporter directement dans les parcs lorsque la portance est mauvaise. »

Le troupeau est réparti sur plusieurs prés, afin d’éviter les problèmes de consanguinité. Les croisements donnent parfois des animaux à la robe unie, marron. La prophylaxie est conduite de manière classique. « En revanche, les bêtes, du fait de leurs poils épais et laineux, ont facilement des poux, explique Jennifer. Cette année, nous testons un nouveau traitement bio pour le déparasitage. Jusqu’à présent, rien n’a été vraiment satisfaisant. »

Les femelles servent au renouvellement du troupeau, ou sont vendues à d’autres élevages, dans toute la France. Les mâles sont élevés jusqu’à trente mois et sont commercialisés en vente directe, en caissettes. La mise à mort est habituellement réalisée dans un petit abattoir en Allemagne, situé à 20 km. « Mais avec les dernières restrictions aux frontières en raison de la pandémie de Covid-19, pour le moment, je les fais abattre à Metz. C’est plus loin, 40 km, mais plus sûr », souligne Vincent. Un prestataire basé à une vingtaine de kilomètres découpe les carcasses et prépare les caissettes. Chacune équivaut à un huitième de l’animal, soit des colis de 20 kg. Les morceaux sont conditionnés sous vide. Le prix de vente est de 13 €/kg.

« C’est une viande très persillée, comme l’aiment les Britanniques, ajoute l’éleveur. Ici, nous n’avons pas besoin de faire de publicité, de distribuer des prospectus. Tout fonctionne avec le bouche-à-oreille et nos clients apprécient cette viande bien typée. Ils sont aussi satisfaits d’avoir des petits morceaux, comme des filets de 250 g. » Dominique Péronne