« Il y a une crise sur tous les coûts de production, qu’il s’agisse des matières premières, de l’emballage, de la logistique, qu’on est obligé de reporter sur les consommateurs », a expliqué à l’AFP le patron du groupe Lactalis, Emmanuel Besnier, à l’occasion de la présentation de ses résultats annuels. Il prévoit au total trois milliards d’euros de charges supplémentaires.

 

Le prix moyen du lait payé par Lactalis aux éleveurs sur l’ensemble de ses sites dans le monde a déjà augmenté de 4,7 % en 2021. En France seule, il a progressé de 5 % à 382 euros les mille litres. Il a grimpé encore plus depuis le début de l’année avec la guerre en Ukraine qui a notamment fait flamber les coûts des éleveurs, des engrais aux aliments.

 

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Les industriels de l’alimentaire, qui avaient conclu le 1er mars 2022 un accord avec les distributeurs prévoyant une augmentation de 3 % des prix de nombreux produits vendus aux grandes surfaces, sont de nouveau à la table des négociations pour que soient prises en compte les dernières hausses de coûts de production.

 

Face à la hausse probable des prix dans les rayons, « on est conscients qu’il y aura sûrement un problème d’arbitrage de certains consommateurs concernant leurs achats », souligne Emmanuel Besnier.

Ralentissement des acquisitions

Lactalis, qui compte 270 sites de production dans 52 pays et emploie 85 500 personnes, a commencé à faire face à l’augmentation significative de ses coûts au deuxième semestre de 2021.

Après les bouleversements liés à la pandémie en 2020, « on espérait un retour à la normale, avec des hauts et des bas, en 2021 », explique Thierry Clément, le directeur des opérations.

 

Mais le monde « n’a pas redémarré » comme prévu entre les ruptures d’approvisionnement, le manque de containers pour transporter les produits, etc., les prix ont commencé à grimper à partir de l’été. « L’écart entre nos prix de ventes et d’achats a été fortement négatif dès la fin de 2021 », indique-t-il.

 

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Des rumeurs liées à Danone

Le chiffre d’affaires du groupe, soutenu notamment par l’intégration en fin d’année des fromages Leerdammeraux Pays-Bas et Kraft aux États-Unis, a augmenté de 4,2 %, à 22 milliards d’euros. Son résultat opérationnel a légèrement reculé, à 1,17 milliard d’euros. Le bénéfice net a lui augmenté de 4 %, à 445 millions d’euros.

 

Après avoir finalisé plusieurs grosses acquisitions l’an dernier, ce qui a fait grimper sa dette d’environ un tiers à sept milliards d’euros, le groupe « a pour vocation de faire un peu moins d’acquisitions dans les prochaines années », a par ailleurs indiqué Emmanuel Besnier. Il va plutôt chercher à consolider ses positions dans les pays où il est déjà présent, comme avec la fromagerie Jalna en Australie ou les activités lait frais de la coopérative Bayerische Milchindustrie (BMI) en Allemagne.

 

Il n’a pas souhaité faire de commentaires sur les informations la Lettre A selon lesquelles Lactalis envisagerait un rachat partiel ou total de Danone. « On verra les opportunités (qui pourraient émerger) dans le cadre d’une revue de son portefeuille », a-t-il simplement déclaré à ce sujet depuis Boston (États-Unis), d’où le groupe présentait ses résultats.

 

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