« Au regard du rapport entre le coût des grands prédateurs que sont le loup, l’ours et le lynx et du nombre d’attaques et de victimes, il y a une inefficience des politiques publiques sur le sujet », tranche Emilie Bonnivard, députée (LR) de la Savoie et rapporteure d’une mission d’information relative aux conséquences financières et budgétaires de la présence des grands prédateurs sur le territoire français, dont les conclusions ont été présentées le 23 février 2022 à l’Assemblée nationale.

 

Car les chiffres sont sans appel. En 2020, le coût de l’encadrement et de limitation des dommages de la prédation en France s’est élevé à 56 millions d’euros, et « suit une augmentation soutenue. Il convient d’ajouter les dépenses engagées par les éleveurs pour se protéger, représentant un reste à charge de 7,86 millions d’euros par an, de même que par d’autres acteurs investis dans le dispositif, comme les chasseurs, de l’ordre de 2 millions d’euros », explique l’élue lors d’une conférence de presse le jeudi 24 février à Paris.

 

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Bâtir un « équilibre plus protecteur »

Malgré l’augmentation du coût des mesures de protection, ces dernières « n’ont pas permis de faire diminuer significativement le nombre d’attaques et la mortalité sur les troupeaux », pointe Emilie Bonnivard. En 2021, 3 572 attaques ont tué 10 900 animaux, contre 2 447 attaques et 8 973 victimes en 2015. Par ailleurs, le nombre de zones de présence permanente du loup est passé de 42 lors de l’hiver 2014-2015, à 125 en 2020-2021.

 

« La question se pose de l’avenir à moyen terme du pastoralisme, des conditions de travail et de vie des éleveurs, soumis à une pression constante sur leurs troupeaux si aucune réforme du statut des grands prédateurs n’est entamée, et si un équilibre plus protecteur du pastoralisme n’est pas trouvé », estime la députée.

 

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Établir un « seuil de viabilité » des prédateurs

Emilie Bonnivard juge nécessaire de revoir les modalités d’estimation de la population et de la gestion des grands prédateurs. « Il faut notamment établir un seuil de viabilité de ces espèces à l’échelle européenne sans quoi aucun horizon de régulation n’est possible. Mais pour l’heure, on se heurte au fait que les grands prédateurs sont devenus des totems absolus de la protection de la biodiversité. »

 

L’élue propose également de créer un cadre juridique « solide et complet » concernant les chiens de protection et les accidents dans lesquels ils peuvent être impliqués. À long terme, elle suggère d’« envisager la transformation de l’indemnisation en cas d’attaque de prédateurs en une indemnité compensatoire de présence de prédateurs (ICPP), sur le modèle de l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN). »

 

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