« Il n’y a pas d’autres solutions à court terme que le dépeuplement des élevages de volailles, a expliqué Julien Denormandie ce 22 mars 2022 lors d’un déplacement en Vendée. Et je peux vous dire qu’en tant que ministre de l’Agriculture, quand je mets en œuvre ces mesures, ce sont des décisions difficiles parce qu’en face c’est la détresse des éleveurs. Mais il n’y a pas d’autres choix pour éviter la propagation de ce virus de l’influenza aviaire, et notamment éviter que d’autres territoires soient contaminés. »

 

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« Une situation très difficile »

« Nous sommes face à une situation très difficile depuis maintenant plusieurs semaines », a insisté le ministre de l’Agriculture venu échanger avec les acteurs locaux. Alors que le virus vient d’être repéré dans le Morbihan et qu’un foyer a été officialisé dans l’Ille-et-Vilaine, plus de 500 élevages ont été touchés en Vendée par le virus de la grippe aviaire ces dernières semaines.

 

C’est « ce qui a nous a conduit à mettre en place plusieurs opérations de dépeuplement, a redit le ministre. Plusieurs millions de volailles ont dû être ainsi abattues ces dernières semaines ». Le département compte 1 500 exploitations hébergeant un atelier de volailles au moins.

 

Concrètement, « toutes les volailles vont être enlevées, même celles des élevages sains. Elles seront valorisées à l’abattoir, a précisé le président de la chambre d’agriculture, Joël Limouzin. Notre priorité est d’enlever les cadavres des élevages contaminés. Il s’agit de protéger les sites stratégiques de sélection génétique. Et tout cela s’engage dès maintenant. Plus tôt ce sera, et plus tôt cela nous permettra de repartir sur de bonnes bases. »

 

Le ministre n’a en revanche évoqué aucun calendrier de remise en production des élevages. « Ni le ministre, ni les scientifiques ne peuvent aujourd’hui se prononcer sur ce point, a ajouté Joël Limouzin.

« Empêcher le virus de continuer à se propager »

« La priorité est d’empêcher le virus de continuer à se propager, a repris le ministre. Pour ce faire, nous avons mis en place des moyens inédits, des moyens pour dépeupler des élevages où le virus était présent, mais aussi de dépeupler en anticipation là où le virus probablement se serait rendu. »

 

« Des moyens d’équarrissage et de stockage des cadavres ont été déployés pour faire en sorte que nous puissions aller plus vite que le virus », a ajouté Julien Denormandie. Et de préciser que de nouvelles capacités avaient été identifiées par l’État, en matière de centres d’enfouissement techniques, mais aussi des capacités de préstockage sur des lieux dédiés « qui ont été créés à cet effet, selon un protocole validé par les autorités sanitaires et scientifiques ».

 

« Lorsqu’il y a quelques jours nous étions face à un véritable goulot d’étranglement, aujourd’hui, ce n’est plus le cas, assure le ministre. Nous sommes parvenus à diminuer la pression quant au nombre d’animaux abattus que nous devons gérer. » Julien Denormandie indique ainsi que les cadavres des volailles seront ramassés plus rapidement. Depuis hier, 10 élevages contaminés sont recensés par jour au lieu de 30 à 40 précédemment, laisse espérer une amélioration de la situation, « même si elle reste extrêmement difficile probablement encore pendant plusieurs jours ».

 

« Nous faisons face à une combinaison de 4 virus qui a surpris les scientifiques entraînant une virulence exacerbée dans le milieu naturel et qui vient par la faune sauvage. Les éleveurs doivent absolument se déculpabiliser, a continué le président de la chambre d’agriculture. Le virus n’était pas dans les élevages à l’origine mais est bien venu de l’extérieur.

 

2 millions d’euros déjà versés

L’autre priorité est d’accompagner les éleveurs. « Deux millions d’euros ont commencé à être versés à quelques dizaines de dossiers qui nous sont remontés, a indiqué le ministre. Nous continuerons à la faire. »

 

« Évidemment des enveloppes très conséquentes seront déployées pour indemniser et accompagner les éleveurs sur les pertes sanitaires — pour les élevages qui ont dû être abattus — mais également sur les pertes économiques. Les élevages de poules pondeuses sont concernés de la même façon. Tout le monde sera accompagné sur le plan financier », a-t-il résumé.

Deux expérimentations de vaccination dans les prochains jours

« Notre troisième priorité est de commencer à préparer l’avenir, a poursuivi Julien Denormandie. Malgré les difficultés du moment, il faut s’organiser pour mieux rebondir. Nous en avons beaucoup discuté cet après-midi. Nous avons abordé les questions de repeuplement, de patrimoine génétique — un trésor dans notre pays —, mais aussi la question des vaccins sur lesquels nous sommes en train de travailler. »

 

« Nous lançons d’ailleurs dans les prochains jours deux expérimentations de vaccination, a-t-il poursuivi. Nous sommes le premier pays européen à le faire, alors que d’autres pays en Europe sont touchés comme nous. L’Italie vit actuellement une situation dramatique avec ce virus de l’influenza aviaire. »

 

Le ministre a enfin rappelé qu’il n’y avait pas de risque à consommer ces produits issus de l’élevage, c’est même un élément de soutien que de la faire ! » Une réunion en parallèle se tenait ce 22 mars 2022 au ministère du Travail sur les soutiens pouvant être mis en place sur l’activité partielle ou chômage partiel pour accompagner les transformateurs en aval lourdement impactés. « Ils seront aussi accompagnés. Nous devons soutenir toute la chaîne », a ajouté le ministre.