En Angleterre, où la carcasse idéale pèse 350 kg, classée R3 à 4, Mike Powley a fait un tout autre pari. Eleveur dans le nord du pays, il abat des jeunes bovins de 14 mois dont la carcasse classée E2 ou 3 affiche régulièrement 415 kg . « Je veux des animaux conformés, et peu gras », insiste-t-il. Pour ce faire, il croise une centaine d’allaitantes, ses « vaches rouges » comme il les appelle, mais pas au hasard. Tout est réglé comme du papier à musique, pour des vêlages groupés au printemps, de mars à juin.

Première génération. Le point de départ est un troupeau de femelles south devon, une race rouge que Mike apprécie pour son format, ses qualités maternelles et sa docilité. Elles sont inséminées avec la semence d’un taureau limousin. « Je sélectionne les reproducteurs bien indexés en qualités maternelles, et n’utilise que de la semence sexée femelle », ajoute-t-il.

Deuxième génération. Pour leur premier veau, Mike accouple ces « vaches rouges » nées du croisement south devon x limousine avec un angus ou un « stabiliser », un taureau composite mêlant l’angus rouge, la hereford, la simmental et la gelbvieh. « Je ne sélectionne que des mâles qui assurent à ces jeunes femelles un vêlage facile, précise-t-il. Car elles vêlent à 24 mois. » Passé le premier vêlage, les inséminations ne se font plus qu’avec un taureau blanc bleu. De ce croisement naîtront les animaux les plus conformés de l’élevage. Mike sélectionne des reproducteurs blanc bleu cumulant conformation et facilité de vêlage.

Troisième génération. Les veaux, mâles comme femelles, sont sevrés à sept mois, et engraissés sept mois de plus. Ils consomment 2 à 3 kg de paille par jour, ainsi qu’un ensilage d’herbe, de trèfle et de céréales distribués à hauteur, en matière sèche, de 2 % de leur poids vif. Soit 1 à 1,2 tonne d’aliment dans leur vie.

« Largement répandu au Royaume-Uni, le croisement apporte de l’homogénéité au troupeau, assure Rémi Fourrier, d’Agriculture and Horticulture Development Board (AHDB). Il améliore la moyenne des performances d’un groupe grâce à la vigueur hybride, qui exprime plus fortement les caractéristiques spécifiques d’une race. Grâce à cet effet d’hétérosis, le poids des veaux augmente : 15,5 % de plus pour le croisement de deux races, et 23,3 % pour des animaux issus de mères croisées. » Les jeunes bovins de Mike, abattus à 14 mois, pèsent en moyenne 672 kg, avec un GMQ de 1 520 g/j. 73 % sont classés E. « Le rendement carcasse moyen en Angleterre est de 55 %, tandis que chez Mike, il est de 63 %, poursuit Rémi. À 375 pences/kg (5,34 €/kg), cela représente environ 200 £ (286 €) de plus par animal. »

un débouché italien

Avec de tels poids de carcasse, Mike ne commercialise pas ses animaux dans le circuit traditionnel. « Je vends en direct la viande des croisés angus ou stabiliser, explique-t-il. Les morceaux sont commercialisés sous vide. C’est un canal très répandu en Angleterre. Quelques animaux partent en grandes surfaces. »

Quant aux croisés blanc bleu, ils sont exclusivement destinés à l’exportation. « Ils passent par l’abattoir d’APB Food Group, précise Rémi Fourrier. Il s’agit du plus important exportateur de viande bovine au Royaume-Uni. Il approvisionne l’Italie, un client historique pour cette entreprise anglo-irlandaise. C’est pourquoi, pour fournir ce marché très spécifique, et contrairement à la majorité des abattoirs au Royaume-Uni, ABP accepte des carcasses de plus de 400 kg. »

Mike vend aussi quelques femelles pour la reproduction, et des animaux pour les concours d’animaux conformés. « C’est une belle vitrine pour mon élevage », assure-t-il.