À l’état naturel, les chevaux mangent de l’herbe douze heures par jour. Leurs désordres digestifs comme les ulcères gastriques, les diarrhées, les coliques ou les fourbures sont fréquemment dus à des déséquilibres alimentaires, notamment le manque de fibres ou l’excès de céréales pour des chevaux conduits en box ou les chevaux athlètes. C’est le pouvoir tampon de la luzerne et sa teneur en fibres que le laboratoire Lab-to-Field a choisi d’explorer pour restaurer l’équilibre de l’écosystème digestif du cheval. La structure est spécialisée dans la relation entre alimentation, santé, comportement et performance chez les équidés.

Facteurs de risque : activité physique et apports élevés de céréales

Des périodes de jeûne répétées de plus de six heures et une ingestion excessive d’amidon (plus d’1 g/kg de poids vif par repas ou plus de 2 g/kg de poids vif par jour) sont à risque. D’ailleurs, d’après le laboratoire, 80 % des chevaux de course souffrent d’ulcères gastriques lorsqu’ils sont en période d’entraînement, et quasiment 100 % lorsqu’ils sont en période de course, activité physique et apports élevés de céréales étant deux facteurs de risque importants. De fait, un pH gastrique inférieur à 4 induit une érosion de la muqueuse squameuse. Des premiers résultats sur l’effet tampon et apport de fibres de la luzerne, en 2019, ont été plus largement confirmés par deux nouveaux essais en 2020.

Des performances préservées

En premier lieu, 80 chevaux ont été suivis pendant six semaines : la moitié a conservé le même régime alimentaire tout au long de l’essai (foin à volonté + 6,6 kg/j de concentrés en moyenne). Pour l’autre groupe, la moitié des concentrés a été remplacée par de la luzerne déshydratée. Les ulcères gastriques ont été suivis au début, au milieu et à la fin. Chez les chevaux sains au début de l’expérimentation, ceux qui recevaient le régime riche en luzerne ont eu moins d’ulcères graves. Et, parmi les chevaux sévèrement ulcérés en début d’essai, davantage d’équidés ont guéri avec le régime luzerne qu’avec le régime classique. « Ces résultats encourageants laissent penser que la luzerne pourrait être une solution alimentaire pour contribuer à la santé gastrique des chevaux à l’entraînement », résume Samy Julliand, directeur de Lab-to-Field.

Dans le second test, conduit en 2020, le laboratoire a étudié l’évolution des performances de trotteurs, scrutés pendant huit semaines d’entraînement intensif dans son centre de recherche. La moitié des chevaux a reçu une ration « courses » avec foin (8 kg/j) et avoine (4 kg/j). L’autre moitié s’est vue attribuer une ration à base de foin (8 kg/j), de luzerne (4 kg/j) et d’avoine (1 kg/j).

Les deux rations apportaient la même quantité d’énergie. Plusieurs qualités associées à la performance ont été suivies, comme la vitesse maximale, la puissance maximale, ou le temps de course des animaux sur 2 400 m. Cet essai a montré que les chevaux à l’entraînement nourris avec de la luzerne, en substitution des céréales, avaient le même niveau que leurs congénères. « Les chevaux de course peuvent, par conséquent, bénéficier des vertus santé de la luzerne tout en conservant leur plus haut niveau de performance », souligne le spécialiste.

Yanne Boloh