En novembre prochain naîtront chez Jean-Philippe Thomassin, agriculteur à Benney (Meurthe-et-Moselle), neuf veaux de la race stabiliser, issus de l’implantation d’embryons en février sur des génisses de 18 à 20 mois. Sur les dix embryons achetés (1), cinq étaient congelés, acquis en Grande-Bretagne via Bovinext. Les cinq autres, acquis « en frais », provenaient de donneuses du centre de sélection d’Épinal, où la production d’embryons vient de démarrer (lire La France agricole n° 3735, page 30).

Jean-Philippe élève 140 charolaises sur 345 ha. Il engraisse chaque année 180 taurillons, dont une partie est achetée à l’extérieur. Il mise sur la stabiliser pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs, donc des abatteurs. « Dans les rayons boucherie des grandes surfaces, il n’y a plus de barquettes avec des steaks de 250 g comme il y a dix ans. On est passé à des morceaux de 150 g, constate-t-il. Les abatteurs nous demandent des bêtes plus petites, alors que la génétique nous a fait produire des animaux de plus en plus lourds, avec de grandes carcasses. Aujourd’hui, il faut mettre en marché des bêtes jeunes, bien finies, avec du gras, à la viande persillée. Pour répondre plus vite à cette demande - la sélection inverse nécessiterait dix ans -, l’Association de production animale de l’Est (Apal), dont je suis adhérent, nous offre l’opportunité de produire de la stabiliser, qui répond à ces nouvelles exigences. Une viande tendre et persillée demanderait une trentaine de jours de maturation mais, économiquement, quel abatteur peut se le permettre ? Quant à faire venir des génisses ou des vaches vivantes de cette race, c’est très compliqué. Il y a des contraintes sanitaires et peu de bêtes disponibles outre-Manche. »

En plus des qualités liées à sa viande, la stabiliser ont l’avantage de vêler à deux ans. Les mises bas devraient être faciles, les veaux pesant à la naissance environ 35-40 kg, contre 45 à 50 kg pour un charolais.

80 € pour la pose

Jean-Philippe a acheté les embryons 500 € chacun, ceux produits en France étant sexés. Il évalue le coût de l’ensemble des interventions à 80 € par femelle. L’implantation elle-même est réalisée par un technicien d’Elitest. « Économiquement, ce n’est pas la meilleure année pour se lancer, reconnaît l’éleveur. D’autant que notre région a beaucoup souffert des aléas climatiques ces deux dernières années. Mais l’opportunité était là. »Lorsque les veaux seront nés, il ne prévoit rien de spécifique en termes de conduite, d’alimentation et de suivi sanitaire. Si ce n’est des pesées régulières, car les meilleures génisses seront achetées par Elitest pour produire des embryons.

(1) L’une des génisses a avorté en mars.