Valoriser le moindre brin d’herbe dans un système économe, telle est l’ambition de Julien Miermon, à la tête de 40 vaches limousines à Sarran, en Corrèze (1). Installé hors cadre familial, il a mis en place un pâturage tournant dès la reprise de son exploitation. Pour perfectionner la technique, il a suivi en 2019 une formation (organisée dans le Limousin) sur le pâturage régénératif, assurée par Jaime Elizondo, un éleveur mexicain.

Dès son retour sur l’exploitation, la technique, qui consiste en particulier à agrandir le paddock toutes les 4 heures environ, est mise en application. Le lot de 17 génisses d’un an a été choisi pour « essuyer les plâtres ». Concrètement, les jeunes femelles sevrées en novembre 2019 ont été affectées à un îlot de 15 ha. « Dès lors, elles n’ont mangé que de l’herbe », assure Julien. Depuis le printemps, elles ne pâturent que sur 2,25 ha au même rythme. Le reste de la surface a été fauché.

Les parcelles constituant les 15 ha sont découpées en bandes de 22 mètres de large. Au départ, le lot dispose d’un rectangle de 12 m x 22 m. À quatre reprises dans la journée, Julien se rend sur la parcelle pour avancer le fil de clôture de 3  à 4 m. Ainsi, les animaux disposent en permanence d’herbe fraîche, ce qui les incite à consommer sans cesse. « Le but est de favoriser le développement de la panse et la croissance des animaux », déclare l’exploitant. Le fil arrière est déplacé tous les deux jours pour que les animaux ne reconsomment pas les repousses, ce qui pourrait affaiblir les plantes.

Des racines développées

À la fin du mois d’août, toujours à la même vitesse d’avancement, les génisses consomment les repousses des fauches. « Les prairies reverdissent plus rapidement que l’année dernière, observe Julien. La méthode favorise le développement racinaire des plantes. Cela peut expliquer qu’elles résistent mieux à la sécheresse. Le foin est exclusivement distribué l’hiver, si besoin.  »

Dans le système, le chargement instantané est toujours très élevé (1 000 à 2 000 UGB/ha). « Les espèces les plus agressives, comme le ray-grass ou le trèfle blanc, sont favorisées par ce type de pâturage, observe Maxime Lepeytre, conseiller à la chambre d’agriculture de la Corrèze. La valeur alimentaire de l’herbe offerte, même au début de juillet, est élevée : autour de 0,95 UF et 16 à 17 % de matière azotée totale. » Julien est satisfait de la technique, si bien qu’il s’organise déjà pour en faire profiter les vaches.

M.-F. M.

(1) Julien élève aussi une centaine de brebis et engraisse une trentaine de cochons en plein air.