Entre 2000 et 2018, la ferme expérimentale des Trinottières, dans le Maine-et-Loire, a suivi 887 femelles holsteins (1). L’impact à court et long termes de différentes stratégies d’élevage des génisses a ainsi été évalué. Avant sevrage, les plans lactés varient de 230 à 330 litres de lait par génisse. Dans tous les cas, le concentré est distribué à volonté à partir de la deuxième semaine de vie. Les génisses qui ont consommé le plus de matière sèche pendant la phase lactée sont plus lourdes au sevrage, mais cette avance n’est plus visible à 15 mois d’âge. « Les performances de production en première lactation sont les mêmes, quelle que soit la quantité ingérée durant la phase lactée », précise l’étude. Afin d’économiser du lait et de réduire le temps de travail de l’éleveur, la recommandation est donc d’opter pour un plan lacté simplifié, avec une seule buvée par jour et un sevrage précoce autour de 8 semaines. En parallèle, l’eau et le foin sont accessibles à volonté et le concentré est distribué à raison de 2 kg/jour en arrivant au sevrage, puis de 2,5 à 3 kg/jour jusqu’à la mise à l’herbe à 6 mois (sur une conduite en vêlage précoce). Le maintien d’un apport de concentrés sur la première saison de pâturage est conseillé.

Viser un vêlage précoce

La croissance compensatrice est une stratégie visant à « accroître la vitesse de croissance lors d’une période d’alimentation non limitée (au pâturage) faisant suite à une période de croissance faible à modérée ». Aux Trinottières, les génisses de plus d’un an ayant une croissance autour de 600 g/jour en hiver approchent un gain moyen quotidien (GMQ) de 1 000 g/jour pendant les trois mois de pâturage de printemps. Il faut néanmoins veiller à ne pas descendre en deçà de 400 g/jour en hiver, au risque de pénaliser la reproduction. Lorsque le pâturage est limité en quantité ou en qualité, une complémentation est conseillée. Cette stratégie a permis à la ferme expérimentale d’économiser près de 120 kg de concentré par génisse tout au long de l’hiver, sans remettre en cause un objectif de vêlage précoce.

Sur l’âge du vêlage, la grande majorité des génisses des Trinottières mettent bas entre 24 et 28 mois. « En première lactation, la production laitière à 305 jours des animaux conduits en vêlage précoce ou très précoce (moins de 24 mois) est équivalente, note la publication. En revanche, elle est inférieure d’environ 300 kg à celle des primipares ayant vêlé tardivement (au-delà de 29 mois). » Si l’on se place à l’échelle de la carrière, les génisses au vêlage précoce ou très précoce produisent 1 kg de lait de plus par jour « du fait de leur plus faible durée d’élevage ».

Finalement, en combinant un plan lacté simplifié, un sevrage à 8 semaines et la croissance compensatrice au pâturage, le vêlage précoce permet encore de réduire les coûts d’élevage d’une génisse de 10 % par rapport à un vêlage tardif. « Les génisses en vêlage tardif coûtent plus cher, mais l’écart est limité grâce à une conduite qui maximise le pâturage, y compris en hiver, et minimise les concentrés », conclut le rapport.

Alexandra Courty

(1) Projet Gerel, avec la participation des chambres d’agriculture Pays de la Loire, l’Idele et l’Inrae.