«Le matériau utilisé comme litière est un levier pour améliorer le bien-être animal en filière avicole », assure Aurélie Buteau, ingénieure à l’Institut technique de l’aviculture (Itavi). La paille broyée est très couramment utilisée en production de poulets de chair standard, en raison de son faible coût et de sa bonne capacité d’absorption. Néanmoins, « elle a tendance à “croûter”. Une couche dure, formée par les déjections, apparaît en surface, empêchant la litière d’absorber l’humidité », rapporte la spécialiste.

Si les coproduits de l’industrie du bois sont des alternatives intéressantes, leur disponibilité est limitée, car ils sont également prisés pour d’autres usages, notamment le chauffage. Dans ce contexte, l’Itavi a testé en 2018 l’ajout de bouchons de paille de 8 mm sur une litière de paille broyée, afin d’en mesurer les effets sur le bien-être et les performances de poulets de chair standard. Quatre élevages situés en région Auvergne-Rhône-Alpes ont servi de support.

Dans le premier – lot témoin –, la litière était composée de paille broyée seule, à raison de 5 kg/m2. Dans les trois autres – lots d’essai –, les poulets étaient conduits sur un mélange de paille broyée, à 4,5 kg/m2 et de bouchons de paille. Ces derniers ont été ajoutés à compter du septième jour après le démarrage du lot, « au moment où la litière commence à croûter. Les éleveurs étaient ensuite libres d’ajouter des bouchons de paille selon leurs besoins, avec un maximum total de 2 kg/m2. »

Comportements naturels

Pour les quatre lots, la notation des pododermatites a été réalisée à 21 jours, puis à l’abattage, sur une échelle de gravité de 1 (peu sévère) à 5 (très sévère). « Les animaux présentent quasiment tous des pododermatites, mais le nombre présentant des lésions graves est moindre dans les lots sur litière mélangée, rapporte Aurélie Buteau. La note moyenne pour les deux âges – J21 et abattage – était de 2,69 dans les lots d’essai, contre 3,05 pour le groupe témoin. » Quant aux lésions aux tarses, elles ont été étudiées uniquement à l’abattage. Leur pourcentage dans le lot témoin est de 37,25 %, contre 31,25 % dans les autres lots. « Cette différence n’est pas significative, mais on observe une tendance positive avec la litière mélangée », souligne la spécialiste.

Si l’ensemble des lots testés obtient des résultats techniques similaires (croissance, poids à l’abattage, mortalité), « l’ajout de bouchons de paille semble améliorer le bien-être global (1) des animaux sur certains critères, notamment le respect des exigences comportementales de l’espèce et la capacité de mouvement des animaux. Une litière plus friable et moins croûtée pourrait expliquer l’expression accrue de ces comportements. »

Vincent Guyot

 

(1) Mesuré par la méthode EBENE.