Avec dix-huit à dix-neuf porcelets par truie, les lignées hyperprolifiques se sont développées sur les trente dernières années. Elles posent de nombreux défis aux éleveurs, avec notamment une durée de mise bas plus importante, pouvant peser sur la vitalité des porcelets. Les portées plus nombreuses peuvent aussi présenter une plus grande hétérogénéité, ainsi que le risque d’un nombre trop élevé de petits par rapport aux tétines fonctionnelles disponibles.

Déséquilibre intestinal

À l’approche de la mise bas, la truie hyperprolifique subit un stress important. Le poids des porcelets supplémentaires dans l’utérus s’ajoute au stress physiologique et hormonal « normal ». Si le phénomène de constipation est connu chez la truie, les animaux hyperprolifiques souffrent d’un ralentissement accru du transit digestif, de l’augmentation du temps de rétention et de la formation de fèces plus dures et plus sèches. « Ceci induit un risque de déséquilibre de la flore intestinale au profit de bactéries Gram, dont les toxines passent dans le sang, estime Yannig Le Treut, de Lallemand nutrition animale, le 23 octobre dernier dans le cadre d’un séminaire dédié au porc à l’Institut Pasteur (Paris). Outre le ralentissement de la mise bas, qui fait peser de vrais risques sur les derniers de la portée, cette spirale négative impacte également la qualité du lait. »

Accroître la teneur en fibres de la ration est l’un des principaux leviers d’action pour favoriser le transit. Elles augmenteront la couche protectrice de mucine de la muqueuse intestinale, réduiront la prolifération des bactéries pathogènes et stimuleront la motilité des intestins, c’est-à-dire leur faculté de mouvement. Les fibres sont aussi source d’énergie. En effet, les bactéries cellulolytiques sont en capacité de les dégrader et de les valoriser dans le gros intestin.

Améliorerla consommation d’eau

Lors de la présentation de ses essais, Claudio Olivero, professeur associé à la faculté d’Helsinki (Finlande), a montré qu’une ration avec un taux de fibres de 7 % (contre 3,8 % habituellement), distribuée de trois semaines avant la mise bas à trois jours post-partum, réduit très fortement la phase aiguë des constipations et leur fréquence. Elle augmente aussi la consommation d’eau et donc la capacité des truies à produire du lait. Celles-ci, avec le régime le plus riche en fibres, ont consommé en moyenne 29,8 l d’eau par jour contre 20,2 l pour les animaux disposant de la ration la moins pourvue. Selon Claudio Olivero, « la teneur en fibres du régime alimentaire est le premier facteur expliquant la production de fèces. Il est possible d’augmenter le taux de fibres jusqu’à 10 %, sans risque particulier. »

Yanne Boloh