ÀChitry-les-Mines, dans la Nièvre, la famille Dubuis affronte des sécheresses estivales de plus en plus précoces, avec des chaleurs intenses. Pour y faire face, les quatre associés du Gaec ont revu l’alimentation de leurs bovins. « Les trois dernières années ont été particulièrement difficiles, pointent Nicole, Bernard, Damien et Benoît Dubuis. Malgré une bonne fertilisation, le rendement des premières coupes d’herbe est tombé de 6 à 4 tonnes de matière sèche (MS) par hectare. Continuer à produire du maïs pour les vaches en lactation, les broutards et laitonnes repoussés est aussi devenu difficile du fait de rendements en berne, d’une absence de grains et d’un coût élevé. »

 

 

Broyée en morceaux d’environ 5 cm, la betterave fourragère est mélangée à la ration des vaches en lactation. Riche en énergie (1,15 UF par kg de MS en moyenne), elle est très appétente et digestible. © A. Brehier
Broyée en morceaux d’environ 5 cm, la betterave fourragère est mélangée à la ration des vaches en lactation. Riche en énergie (1,15 UF par kg de MS en moyenne), elle est très appétente et digestible. © A. Brehier

40 t brutes par hectare

Dans ce contexte, la betterave fourragère est apparue comme une alternative intéressante. « Alors que le maïs grille l’été, la betterave repart dès les premières pluies d’automne, expliquent-ils. En 2020, avec 200 mm d’eau entre fin septembre et mi-novembre, le tonnage des tubercules a doublé et 3,57 ha ont été récoltés. La plante a rendu 40 t brutes par hectare, bien mieux que le maïs implanté à proximité, qui n’a pas dépassé un mètre de hauteur. »

En 2019, 2 ha de betteraves avaient été plantés pour la première fois. Un voisin avait prêté une vieille récolteuse et l’exploitation disposait d’un bol mélangeur pour la distribution. La reprise des betteraves avait toutefois été pénible : il avait fallu nettoyer manuellement les tubercules avant de les distribuer aux vaches. En 2020, le Gaec a acquis une arracheuse automotrice d’occasion. La machine effeuille, nettoie et charge. Il n’y a plus de problème de terre et de feuilles qui collent aux tubercules, ce qui pouvait enclencher un redémarrage de la végétation au stockage. Les betteraves sont entreposées dans le silo couloir auparavant dédié au maïs, et recouvertes d’une bâche si la température descend en dessous de -5 °C. Avec une teneur de 15 % de MS, le fourrage contient beaucoup d’eau et reste sensible au gel et au pourrissement. Les tubercules sont repris au godet et mélangés aux autres ingrédients de la ration (voir tableau ci-dessous).

 

 

 

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Appétente et digestible

Les vaches apprécient particulièrement cet aliment digestible et énergétique qui leur est distribué en morceaux d’environ 5 cm un mois après le vêlage et jusqu’à la mise à l’herbe. Cet hiver, les éleveurs comptent faire des essais sur les vaches à l’engraissement, ainsi que sur les broutards repoussés. Pertinente sur le plan zootechnique, avec un effet positif sur la production laitière et les poids de carcasse, la betterave est toutefois une plante qu’il faut apprendre à cultiver. Le sol doit être léger, affiné, pas trop argileux, réchauffé (9-10 °C au sol), avec peu ou pas de cailloux. Il doit être suffisamment portant pour permettre une récolte tardive en novembre. La date de semis, six mois avant la récolte, est un compromis à trouver. La betterave doit lever rapidement et s’implanter avant les périodes de temps sec. L’été, le tubercule ne doit pas se retrouver dans le vide causé par des crevasses qui se forment en terre argileuse. Pour faire obstacle à la rhizomanie, qui touche aussi la betterave fourragère, il existe des variétés tolérantes.

Sur l’exploitation, les deux binages sont effectués fin mai et mi-juin. Selon les parcelles, les rendements ont atteint cette année entre 4,7 et 6,2 t de MS/ha. Le coût de la culture s’est établi à un niveau équivalent à celui du maïs, à savoir 417 €/ha de charges opérationnelles, dont 200 € de semences. Mais ramené à l’UF, il est très inférieur. En sélectionnant les variétés et en améliorant la maîtrise de l’itinéraire technique, la famille Dubuis espère augmenter le tonnage récolté.

Anne Bréhier