Installée en 2015 avec son conjoint, en élevage bovin extensif dans les Cévennes, Valentine Boisseau essuie les plâtres de la nouvelle Pac. Mise en place tardive des cahiers des charges MAEC, retards de paiement des aides… La « goutte d’eau » de trop est arrivée ce printemps, quand elle a appris que leur demande de MAEC « Maintien des systèmes herbagers et pastoraux », souscrite trois ans plus tôt, était finalement refusée. En cause : le « taux de spécialisation herbagère » n’était pas atteint.

À voir son troupeau aubrac pâturer une prairie naturelle, par cet après-midi de mai, on a pourtant peu de doute quant à l’orientation herbagère du système. « Nos 26 mères pâturent 164 ha de forêt domaniale d’avril à novembre, indique Valentine. Nous avons par ailleurs 30 ha de fourrages autoconsommés et 29 ha de céréales, dont une petite partie sert à l’engraissement des jeunes bovins. Nous avions calculé un ratio de surfaces herbagères et pastorales, rapporté à notre SAU totale, de 87 %, largement au-dessus des 70 % requis. »

On leur a pourtant fait savoir, en mars dernier, que leur dossier ne passait pas. « Avec l’application des prorata sur les surfaces pastorales, les 164 ha sont réduits à 92 ha. Et la luzerne et le sainfoin ne sont pas comptabilisés. Avec ces paramètres, qui n’étaient pas fixés quand on s’est engagés en mai 2015, le ratio n’est plus que de 68 %… »

L’administration, à qui elle a demandé des comptes, n’a pas pu produire de documents attestant que les critères d’éligibilité étaient fixés à la date d’engagement. Il faut dire que le programme de développement rural de la Région n’a été validé par Bruxelles qu’en septembre 2015…

« Si on nous avait avertis dès 2016, on aurait pu rectifier l’assolement pour rattraper ces 2 %, au moins pour les années suivantes », regrette Valentine. Mais comme si tout allait bien, elle perçoit pour les campagnes 2015, 2016 et 2017 les ATR pour cette MAEC à hauteur de 7 500  €/an. La ligne MAEC, dans ses différents relevés de versements Pac, est sans équivoque. De même que les attestations fournies par l’administration, dont la dernière, il y a moins d’un an, évoque encore un montant d’aides Pac incluant la MAEC SHP. Sous réserve d’instruction, est-il précisé… Après instruction, ce montant est amputé de 7 500 € par an. « En plus de la perte financière, toute la comptabilité des trois dernières années se révèle fausse. Nos déclarations MSA et nos calculs d’impôts sur le revenu sont à refaire. D’autant que le montant de la MAEC était égal à notre bénéfice en 2015 : finalement, on se retrouve avec un résultat de zéro. » Sans parler de l’investissement de 200 000 € dans une stabulation, pour lequel l’obtention d’un prêt bancaire s’appuyait sur les montants d’aides Pac annoncés.

Mais l’urgence pour les éleveurs est de savoir s’ils seront encore là demain. « L’administration réclame le remboursement des 12 000 € d’ATR perçus. Elle les a versés sur trois ans mais voudrait les reprendre d’un coup sur notre prochain versement d’aides Pac, à l’automne. Et il faut en même temps rembourser la banque qui nous a avancé plus de 8 000 € non couverts par les ATR. » En période post-installation, la nouvelle est « catastrophique ». « Si on nous enlève 21 000 € en octobre, on dépose le bilan en 2019… »